La Convention sur le commerce international des espèces de faune et de flore sauvages menacées d’extinction (Cites), qui régit les ventes internationales d’espèces sauvages, a achevé sa réunion mercredi à Genève. Le chef de la délégation suisse, Mathias Loertscher, a répondu à nos questions concernant cette vaste assemblée de plus de 180 pays, qui se réunissent tous les deux ou trois ans pour amender la liste des espèces qu’elle régit via ses fameuses listes ou «annexes».

Le Temps: Vous sortez de deux semaines de tractations. Quel bilan en tirez-vous?

Mathias Loertscher: Il y a de quoi être satisfait car les choses ont bien avancé. Pour la plus grande majorité des thèmes abordés, les parties ont trouvé des solutions en consensus. Cela démontre que la Convention fonctionne bien. Pourtant il y a un thème où la Cites ne trouve pas de réponse, s’agissant des éléphants, des rhinocéros et en général des espèces emblématiques de l’Afrique australe. Les efforts et succès de ces pays dans la protection de leur population ne se reflètent guère dans les décisions prises.

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Nous assistons lors de ces réunions à des discussions assez dures entre des parties qui n’ont pas la même vision de la manière de gérer le commerce d’espèces vivant sur leur sol. C’est le cas pour les éléphants, entre les pays d’Afrique méridionale et ceux d’Afrique occidentale, qui ne sont pas confrontés aux mêmes situations: les populations sont stables chez les premiers et en déclin chez les autres. De fait leurs intérêts divergent si bien que chacun campe sur ses positions et sa philosophie. Mais ce sont des problèmes auxquels nous sommes confrontés depuis longtemps.

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L’autre souci avec les éléphants, c’est le manque de soutien aux pays qui les défendent. On leur dit souvent «c’est formidable ce que vous faites pour ces animaux», mais les choses ne vont pas beaucoup plus loin, c’est dommage.

Pourquoi n’interdit-on pas tout simplement le commerce d’espèces vulnérables?

Dans la plupart des cas, interdire n’est pas la solution. Nous préférons une approche pragmatique où le commerce est autorisé de manière contrôlée et durable, et en collaboration avec les populations et les gouvernements locaux. C’est ce qui est prévu pour l’annexe II. Mais il reste des cas pour lesquels l’interdiction est la seule issue, notamment lorsque les espèces sont au bord de l’extinction comme les tigres ou certaines tortues marines.

Eléphants, rhinocéros, requins… on entend plus parler des gros animaux télégéniques que du reste, non?

Il est clair que certaines espèces telles que les éléphants sont devenues emblématiques, et que ce sont des animaux pour lesquels nous avons le plus de données, notamment grâce aux études scientifiques ou aux travaux d’organisations environnementales. Mais rappelons que la Cites confère une protection, à des degrés divers, à plus de 35 000 espèces sauvages!

Justement, parmi les animaux moins connus se trouvent les insectes, dont on entend de plus en plus parler en raison de leur effondrement catastrophique. Que fait la Cites pour eux?

Il n’y a pas à proprement parler de discussions sur les insectes à la Cites. Très peu d’espèces sont inscrites dans les annexes, principalement parce que le commerce international d’insectes est quasi inexistant. Si les insectes disparaissent, ce n’est pas parce que l’homme en fait un commerce exacerbé, mais parce que leurs habitats disparaissent ou sont irrémédiablement altérés. Sur ce point, la Cites ne peut pas faire grand-chose.

Et les plantes dans tout cela?

Elles sont bien prises en compte: sur les quelque 35 000 espèces inscrites dans la convention, 30 000 sont des arbres et des plantes. Si, aujourd’hui, un certain nombre d’espèces d’arbres sont utilisées et gérées durablement, c’est bien grâce aux travaux de la Cites. Bien que son objectif ne soit pas de protéger des habitats, mais des espèces, le fait de défendre certains arbres offre une protection aux animaux qui y vivent.

Quels projets mène la Suisse dans cette convention?

Elle dirige des débats et des travaux depuis une dizaine d’années afin de numériser les permis délivrés, qui sont pour l’heure toujours au format papier et signés à la main. Lorsque nous passerons au numérique, les échanges se feront de manière beaucoup plus transparente et sécurisée. Les parties pourront plus facilement établir leurs bilans commerciaux, et la Cites aura accès à des données cruciales pour juger de la durabilité des marchés. C’est un dossier qui a fortement progressé, nous discutons actuellement avec de potentiels donateurs prêts à financer une telle infrastructure, notamment auprès des pays les plus pauvres.