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Complètement QI

L’intelligence collective d’un groupe dépend plus de la capacité de communication de ses membres que des QI individuels. En outre, plus il y a de femmes plus l’assemblée est intelligente

Depuis un siècle, on sait que les gens performants dans certains tests d’aptitudes le sont généralement dans d’autres situations. Ceux d’entre vous qui peuvent rapidement replier un plan de Paris savent aussi remplir leurs déclarations d’impôts. Cette corrélation positive entre des performances variées est à la base de la mesure de l’intelligence individuelle (le QI). Celui-ci n’est donc pas associé à une capacité unique, mais à un ensemble de réponses à des problèmes différents.

Par analogie, un groupe d’individus possède-t-il une intelligence propre et, le cas échéant, cette intelligence reflète-t-elle les QI des individus participant au groupe? Anita Woolley et ses collègues du célèbre MIT, à Boston, répondent à cette question dans le journal Science du 1er octobre. L’expérience consiste à faire des petits groupes de volontaires dont les QI sont connus, et de les confronter à des puzzles compliqués ou à des petits jeux mathématiques.

L’analyse des résultats montre que chaque groupe produit sa propre intelligence. Et comme pour les individus, le groupe finissant le puzzle en premier gagnera aussi les autres défis. Et alors, me direz-vous, quoi de neuf? On sait depuis bien avant la création des tribunes de football que les groupes humains génèrent de l’intelligence collective. Certes, mais cette fois, les auteurs vont plus loin; ils nous expliquent quels sont les facteurs qui font émerger cette propriété du groupe, cette valeur ajoutée.

Le premier de ces facteurs est le niveau de «sensibilité sociale» des participants, un mélange d’empathie et de facilité de communication. Plus il y en a, mieux ça marche. Le second concerne le QI des individus au sein du groupe, et là, surprise, l’intelligence de l’ensemble ne dépend pas des intelligences de ses membres; inutile de vous associer au premier de classe, ça ne remontera pas le niveau général. Quant au troisième facteur, dire qu’il est inattendu serait désobligeant puisqu’il s’agit du nombre de femmes dans le groupe; plus il y en a, plus l’assemblée sera intelligente.

Une lecture rapide de cet article suggère donc que le groupe le plus performant est composé de gens parlant beaucoup, avec des QI assez moyens et une majorité de femmes (notez bien l’ordre des termes). Une analyse plus approfondie nous dit que ce groupe à haute intelligence collective est composé de gens respectueux de l’avis des autres, sans mâle dominant qui sait tout, et à la recherche du consensus efficace. Tout est question d’interprétation, une fois de plus.

Dans les conditions actuelles de restrictions budgétaires, il est rassurant de voir que la recherche fondamentale avance à grands pas.

*Directeur du Pôle de recherche national Frontiers in Genetics.

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