CYbernétique

Connecter son cerveau à un ordinateur

Le vrai défi reste de faire transiter de l’information, sous forme de signaux électriques, entre des cellules nerveuses vivantes et des circuits électroniques: plusieurs groupes de recherches travaillent dans cette direction

Pourra-t-on télécharger le contenu de sa mémoire sur un disque dur? Ou se faire greffer des implants électroniques pour «booster» son QI? Bref, se connecter avec un ordinateur? Il existe déjà plusieurs systèmes, à l’EPFL notamment, qui permettent aux humains de guider un véhicule ou un curseur d’écran par la pensée: des implants intracrâniens ou un casque d’électro­encéphalographie (EEG) détectent quelle zone du cerveau du sujet s’«allume» lors d’un type de pensée (faire un calcul, imaginer un cube en rotation, etc.). La machine reliée à ce système exécute alors une action. Et même si IBM annonçait le 20 décembre que cela serait possible d’ici à 2017, lire les pensées – littéralement – reste pour l’instant une gageure.

Peut-on alors modifier le fonctionnement du cerveau? Oui, des électrodes greffées dans certaines de ses zones permettent déjà, activées par intermittence, d’annihiler les tremblements dus à Parkinson, ou d’atténuer une dépression (LT du 07.11.2010).

Mais le vrai défi reste de faire transiter de l’information, sous forme de signaux électriques, entre des cellules nerveuses vivantes et des circuits électroniques. L’expérience la plus célèbre est celle de Kevin Warwick, à l’Université de Reading: dès 2003, ce cybernéticien s’est fait greffer un microchip sur le nerf de son avant-bras. En bougeant ce dernier, il réussissait à activer un bras robotisé situé à New York, l’implant détectant dans son nerf les influx idoines.

En 2003, une équipe du Max Planck Institute (D) est parvenue à faire interagir une cellule nerveuse d’escargot et un substrat semi-conducteur. Depuis, plusieurs équipes dans le monde, dont une à l’EPF de Zurich, tentent de décrypter avec cette méthode les échanges de signaux électriques entre neurones, leur «langage». Histoire de découvrir le fameux «code neural», à savoir la manière dont les signaux électriques sont transformés en informations et en ordre aux nerfs, un élément crucial à tout échange potentiel entre des composants «bio» et «silico». Le groupe le plus en pointe reste celui de Ted Berger . En juin 2011, ce chercheur de l’Université de Californie a annoncé avoir remplacé une partie de l’hippocampe d’un rat par une neuroprothèse électronique. L’hippocampe est la zone responsable de la formation de la mémoire à long terme. Les chercheurs ont d’abord bloqué cette région de manière chimique. Puis ils y ont greffé une puce capable de jouer le rôle d’un interrupteur de la formation de mémoire. Chez un rat normal, cet implant a même permis d’accroître ses capacités mnésiques.

Publicité