Cerveau

Contre certaines maladies cérébrales, une cure… de vitamine C

La vitamine star des agrumes aide à calmer l’activation des cellules immunitaires cérébrales. Au point, peut-être, d'avoir un effet préventif contre la maladie d’Alzheimer 

La vitamine C pourrait-elle aider à lutter contre l’inflammation du cerveau? C’est ce que suggère une étude publiée dans la revue «Science Signaling», le 28 mars. Pourrait-elle jouer ainsi un rôle protecteur vis-à-vis de certaines affections qui, on le sait, sont associées à cette inflammation: la maladie d’Alzheimer ou de Parkinson, la dépression…?

La question est loin d’être neuve. Dans des modèles de souris, un déficit en vitamine C dans le cerveau a été associé à une progression accélérée de la maladie d’Alzheimer, notent les auteurs de ce travail. Surtout, «depuis des dizaines d’années, de nombreuses études épidémiologiques ont analysé l’impact des vitamines C, D ou E sur le risque de maladie d’Alzheimer. Globalement, elles montrent une tendance à un modeste effet protecteur. En revanche, nulle étude n’a jamais montré un effet thérapeutique de ces vitamines, chez des personnes déjà atteintes», résume le professeur Joël Ankri, chef de service du centre de gérontologie de l’hôpital Sainte­-Périne, à Paris, directeur de l’unité de recherche Vieillissement et maladies chroniques (Inserm­UVSQ). «La vitamine C a un rôle antioxydant. Comme tous les antioxydants, elle pourrait avoir un effet préventif modéré sur la survenue des maladies neurodégénératives.»

Cellules «éboueuses»

Mais l’étude du 28 mars révèle un mode d’action inédit de la vitamine C. Celle-ci agirait sur une catégorie méconnue de cellules du cerveau: les cellules microgliales. Aussi petites qu’étonnantes, ces cellules sont des acteurs cruciaux, sur le théâtre des opérations ultracomplexes du cerveau. Mais ce sont des acteurs à part. Il s’agit de cellules immunitaires et non de cellules nerveuses, contrairement aux neurones.

La vitamine C a un rôle antioxydant. Comme tous les antioxydants, elle pourrait avoir un effet préventif modéré sur la survenue des maladies neurodégénératives

Joël Ankri, médecin spécialiste du vieillissement

Plus précisément, ce sont des macrophages, ces «éboueurs» de l’organisme. Elles détectent, détruisent et digèrent les envahisseurs, formant la première ligne de défense du cerveau contre les infections et diverses maladies.
 «Les cellules microgliales sont activées dans toutes les maladies neurodégénératives ou psychiatriques», relève Alain Bessis, directeur de recherche au CNRS et professeur attaché à l’Ecole normale supérieure à Paris. Leur dysfonctionnement est-il la cause ou la conséquence de ces maladies? «On l’ignore», admet ce chercheur.

Qu’ont trouvé les auteurs de cette étude, associant l’université de Porto (Portugal) et des équipes du Brésil, d’Allemagne et des Etats-Unis? Ils se sont d’abord intéressés à une souris mutante, qui présente une quantité réduite d’un récepteur présent à la surface des cellules gliales. Ce récepteur, nommé SVCT2, est un transporteur de la vitamine C: il permet à cette vitamine d’entrer dans les cellules. Eh bien, chez ces souris mutantes, les cellules microgliales captent moins de vitamine C: elles sont alors activées et produisent une forte réaction inflammatoire, révèle l’étude.

Ensuite, les auteurs ont étudié des cellules gliales en culture, provenant de souris, de rats ou d’humains. Résultats: quand les chercheurs provoquent une internalisation du récepteur SVCT2, les cellules gliales captent moins de vitamine C. Là encore, elles sont activées et induisent une forte réaction inflammatoire. A l’inverse, la surexpression de ce récepteur empêche l’activation de ces cellules. Tout comme le fait un traitement par de l’ascorbate, la forme réduite de la vitamine C.

La vitamine C, acteur du bon fonctionnement du cerveau

«Globalement, nos travaux montrent l’importance du système de transport de la vitamine C pour l’équilibre des cellules microgliales. Ils suggèrent qu’une dérégulation de ce système pourrait jouer un rôle dans divers troubles neurologiques», concluent les auteurs. Présente en assez grandes quantités dans le système nerveux central, la vitamine C participe au fonctionnement des cellules du cerveau. En particulier, elle intervient dans la transmission du message nerveux entre les neurones.

«Ce qui est neuf, dans cette étude, c’est de montrer comment la vitamine C empêche l’activation de la microglie et calme l’inflammation. Tous les traitements calmant cette inflammation pourraient potentiellement être utiles», estime Alain Bessis. Cette publication «pourrait être la première d’une série sur le rôle de cette vitamine dans les cellules gliales, dans des conditions plus proches de la physiologie ou de la pathologie.»

Plus récemment, on a découvert un autre rôle primordial des cellules gliales: elles contrôlent la neurogenèse et le fonctionnement normal des synapses, ces zones de communication entre les neurones. «Le nombre de publications sur le sujet explose», assure Alain Bessis. Au cours du développement embryonnaire, mais aussi tout au long de la vie, de nombreux neurones surnuméraires se forment. La microglie en éliminerait plus de 50%, ne laissant subsister que les neurones pertinents. Elle détruirait aussi les synapses en surnombre. «Si la vitamine C modifie l’activité de la microglie, ne changera-t-elle pas aussi le fonctionnement des synapses?», s’interroge le chercheur.

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