Les «Dents de la mer» (et ses innombrables déclinaisons) nous ont appris à voir dans le requin un redoutable prédateur ne rechignant pas à croquer d’innocents baigneurs lorsque l’occasion se présente. En réalité, les océans abritent plus de 1000 espèces différentes de requins et de raies, leurs cousines au sein du groupe des poissons cartilagineux, dont la grande majorité sont inoffensifs pour l’être humain.

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Cela est loin d’être réciproque: très appréciés pour leurs ailerons et leur chair, requins et raies font l’objet d’une pêche intensive qui menace la survie de nombreuses espèces. Réunis à Genève du 17 au 28 août, les Etats membres de la Convention sur le commerce international des espèces de faune et de flore sauvages menacées d’extinction (Cites) pourraient décider de nouvelles mesures destinées à accroître leur protection.

1000 dollars le kilo

Plus de la moitié des espèces de requins et de raies sont menacées d’extinction, d’après l’Union internationale pour la conservation de la nature (UICN). La principale menace qui pèse sur eux est la surpêche. «La pêche aux requins s’est fortement intensifiée au cours des dernières décennies, en particulier pour suivre la forte demande du marché asiatique, où la valeur de l’aileron de requin peut atteindre 1000 dollars le kilo», explique Luke Warwick, de la Wildlife Conservation Society, qui s’exprimait jeudi 15 août lors d’une conférence de presse organisée à Genève. Las, les requins et raies ont une maturité tardive et n’ont pas beaucoup de petits. «Le rythme actuel auquel ils sont pêchés ne permet pas aux populations de se reconstituer naturellement», poursuit Luke Warwick.

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Depuis 2013, 20 espèces de requins et de raies – dont des requins-marteaux et des raies manta – ont été inscrites à l’annexe II de la Cites, ce qui signifie que leur pêche doit être régulée et ne pas porter préjudice aux populations sauvages. Mais les organisations de protection de la nature estiment que 80% des espèces commercialisées pour leurs ailerons ne bénéficient toujours d’aucune protection. C’est la raison pour laquelle 67 Etats membres de la Cites souhaitent ajouter 18 espèces supplémentaires à l’annexe II de la Convention, parmi lesquelles la grande raie-guitare, des raies de la famille des Rhinidae ou encore le requin mako. Une proposition qui sera soumise au vote des délégués durant la conférence de Genève.

Espèces migratrices

«Ces poissons très recherchés ont connu un déclin drastique de leurs effectifs. Si rien n’est entrepris, nous risquons de les voir disparaître», indique le colonel Abba Sonko, délégué à la Cites du Sénégal, un des pays qui soutiennent cette inscription. Plusieurs de ces espèces ont enregistré des réductions de leur population globale de plus de 70%, ainsi que des extinctions locales, font valoir les ONG. «Comme ce sont des espèces migratrices, il est indispensable que les Etats collaborent. C’est peine perdue si le Sénégal les protège, mais que la Mauritanie continue à les pêcher, par exemple», souligne le colonel Abba Sonko.

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Des représentants des Etats et des associations l’affirment: une inscription à la Cites ferait la différence pour les requins mako et raies-guitares. «De nombreux programmes de protection ont été mis en place suite aux premières inscriptions de requins et de raies à l’annexe II de la Convention», indique Karen Steuer, du Pew Charitable Trust, une organisation américaine impliquée dans la protection des océans. Il n’est cependant pas garanti que la nouvelle proposition soit acceptée à Genève. «Certaines nations de pêche la soutiennent, mais par le passé de nombreux pays d’Asie du Sud-Est se sont opposés à une protection accrue des raies et des requins», indique Luke Warwick. La saveur de leurs ailerons mènera-t-elle les requins à leur perte?


Les gros dossiers sur la table des négociateurs de la Cites

Les délégués des 180 Etats membres de la Convention vont étudier 56 propositions visant à mieux réglementer le commerce des espèces menacées. Outre les requins, ils auront à s’exprimer sur le sort d’autres animaux emblématiques.

• Les éléphants. Des pays d’Afrique australe réclament un assouplissement des règles en vigueur concernant le commerce de l’ivoire. D’autres pays souhaitent au contraire que toutes les populations d’éléphants soient transférées à l’annexe I de la Convention, qui prévoit une protection complète.

• Les rhinocéros blancs. Le Swaziland souhaiterait pouvoir vendre un stock de cornes, un commerce actuellement interdit, alors que la population de cette espèce a été décimée par la chasse.

• Les girafes. Pour la première fois, les délégués vont se pencher sur le cas des girafes, dont les populations ont décliné de quelque 40% au cours des trois dernières décennies.

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