Climat

A la COP22, la bataille des finances

Rassemblés jusqu’à vendredi à Marrakech, les près de 200 Etats signataires de l’Accord de Paris doivent maintenant mettre leur engagement en pratique. Une pomme de discorde subsiste: celle du soutien à apporter aux pays du Sud

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Elle est surnommée «la COP de l’action»: la réunion climatique COP22, qui se tient jusqu’à vendredi à Marrakech, doit mettre en ordre de marche l’Accord de Paris, conclu une année plus tôt. Largement salué comme une percée dans la lutte contre les changements climatiques, cet accord engage 195 pays à réduire leurs émissions de gaz à effet de serre, afin de contenir la hausse des températures en dessous de 2°C d’ici la fin du siècle. Si les Etats se sont mis d’accord sur cet objectif commun, leurs vues diffèrent sur la manière d’y parvenir. Un des principaux points de discorde porte sur l’aide financière que les pays développés doivent apporter aux pays en développement pour s’adapter et lutter contre le réchauffement.

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A Copenhague en 2009, les pays riches s’étaient engagés à fournir aux pays pauvres quelque 100 milliards de dollars par an à partir de 2020, pour les assister face à la crise climatique. «Ce sont les pays développés qui ont le plus contribué au réchauffement par le biais de leurs émissions de CO2, mais pour l’heure ce sont surtout les pays en développement qui en ressentent les effets, il est donc prévu dans l’Accord de Paris qu’ils reçoivent un soutien», indique Jürg Staudenmann, de l’association de développement Alliance Sud. Elévation du niveau des océans, sécheresse et perte de récoltes, tempêtes et cyclones à répétition… les conséquences des changements du climat touchent en effet d’abord les populations les plus vulnérables.

Peu avant le début de la COP22, l’Organisation de coopération et de développement économiques (OCDE) a publié une feuille de route sur le financement climatique: elle prévoit que les pays riches mobilisent entre 77 et 133 milliards de dollars d’ici 2020 en faveur de l’assistance climatique des pays les moins développés. Objectif atteint, donc? «Cette feuille de route a été bien accueillie au niveau ministériel, les efforts des pays industrialisés ont été reconnus, affirme Franz Perrez, le responsable des négociations climatiques pour la Suisse. Il reste cependant des points techniques à négocier.»

Digues et système d’irrigation

Ce plan de travail fait tout de même grincer des dents à Marrakech. Les pays pauvres s’inquiètent en particulier du peu de soutien prévu pour l’adaptation aux changements du climat. L’argent fourni par les pays riches est en effet surtout destiné à la réduction des émissions de CO2, par le biais par exemple du soutien aux énergies renouvelables. Or les mesures d’adaptation – qu’il s’agisse de construire des digues pour protéger les zones côtières des cyclones, ou de mettre au point des réseaux d’irrigation pour résister à la sécheresse – sont également cruciales. La feuille de route de l’OCDE table certes sur un doublement des fonds alloués à l’adaptation, qui devraient se situer autour de 10 milliards de dollars à partir de 2020. Mais cela semble largement insuffisant: le Programme des Nations unies pour l’Environnement (PNUE) a récemment évalué que son coût atteindra 140 à 300 milliards de dollars par an en 2030

La nature des financements constitue une autre source d’inquiétude. «Parmi les fonds comptabilisés figurent des prêts qui devront être remboursés par les pays en développement, s’insurge Jürg Staudenmann. Une grande part de cet argent est par ailleurs de source privée. Or nous savons que les mesures destinées à la protection des populations n’intéressent pas les investisseurs, car elles ne permettent pas de générer des bénéfices.» De nombreux pays industrialisés, y compris la Suisse, militent pour que les investissements privés soient inclus dans l’enveloppe des 100 milliards, arguant que ce sont ces moyens qui feront la différence. Comme l’a souligné la Conseillère fédérale Doris Leuthard lors de son discours prononcé jeudi à Marrakech: «Cela n’a pas de sens de soutenir la production d’énergie renouvelable avec des moyens publics, si en même temps des investisseurs privés continuent à construire des usines à charbon.»

La visite des chefs d’Etats et de gouvernements à la COP22 a abouti à diverses annonces encourageantes. «50 millions de dollars vont être attribués au transfert de compétences à destination des pays pauvres. L’Allemagne s’est par ailleurs engagée à verser 50 millions de dollars supplémentaires au Fonds d’adaptation aux changements climatiques de l’ONU, la Suède 15 millions. La France a quant à elle donné 27 millions au Fonds pour les pays les moins développés» a détaillé Liz Gallagher, de l’association E3G, dans une conférence de presse. La Suisse versera de son côté 4 millions pour une initiative sur les technologies propres, a indiqué Doris Leuthard. Autant d’initiatives dont il faudra encore assurer la concrétisation autant que la cohérence.


Les autres dossiers de la COP22

- Les règles du jeu: les Etats doivent se mettre d’accord sur de nombreux points techniques, comme la manière dont les émissions de CO2 seront comptabilisées et comparées, afin de vérifier qu’elles sont bien progressivement réduites.

- L’action avant 2020: L’Accord de Paris porte sur la période après 2020. Mais l’urgence de la menace climatique devrait amener les Etats à prendre des engagements avant cette date.

- La révision à la hausse des objectifs: Les réductions d’émission de gaz à effet de serre promises par les pays lors de la COP21 ne sont pas suffisantes pour contenir le réchauffement en dessous de 2°C, comme le prévoit l’Accord de Paris. Il s’agit de rendre ces engagements plus ambitieux.

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