La 26e Conférence des parties, ou COP26, a enregistré ce jeudi 4 novembre plusieurs engagements sur les énergies fossiles, principales causes du changement climatique. Mais alors qu’une nouvelle étude avertie que les émissions de CO2 sont quasiment revenues à leurs niveaux records d’avant Covid, de grands absents se font sentir.

Gaz et pétrole

Au moins 19 pays, parmi lesquels de grands investisseurs comme les Etats-Unis ou le Canada, ainsi que des institutions financières, se sont ainsi engagés à mettre un terme d’ici la fin 2022 au financement à l’étranger de projets d’énergies fossiles sans techniques de capture de carbone.

Investir dans des projets d’énergie fossile laissés tels quels comporte de plus en plus de risques sociaux et économiques», écrivent les signataires dans une déclaration commune.

Les nations du G20 s’étaient accordées tout récemment pour cesser de soutenir les projets de centrales au charbon à l’étranger. Le plan annoncé ce jeudi inclut, et ce pour la première fois, gaz et pétrole. Et promet de réorienter cet argent vers des énergies renouvelables. Si cet engagement est tenu, les experts estiment que plus de 15 milliards de dollars devraient donc bénéficier aux énergies propres.

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Dans une autre initiative, promue par le gouvernement britannique, plus d’une quarantaine de pays se sont engagés sur une «déclaration de transition du charbon vers l’énergie propre», dont plusieurs avaient déjà pris des engagements similaires, comme la Pologne ou la France. Des pays déjà très peu engagés dans le charbon.

Toutefois, de grands pays impliqués dans le secteur, à l’instar de l’Australie, de la Chine, de l’Inde, des Etats-Unis, du Japon ou de la Russie, ne figurent pas parmi les signataires.

De l’histoire ancienne

Les deux initiatives comptent en revanche des membres au poids économique international très relatif, dont les Maldives, les Iles Marshall, les îles Fidji, le Mali ou le Népal. Le Pays de Galles est également à part, figurant dans la liste des signataires sur le charbon, dont il fut un grand producteur, aux côtés du Royaume-Uni dont il fait pourtant partie…

Les organisateurs ont cité en exemple l’accord annoncé plus tôt à la COP par lequel l’Allemagne, les Etats-Unis, la France, le Royaume-Uni et l’Union européenne se sont engagés à financer une «transition énergétique juste», à hauteur de 8,5 milliards de dollars, pour aider l’Afrique du Sud à sortir de sa dépendance au charbon sur le plan énergétique. Johannesburg n’est cependant pas signataire de cet accord charbonnier.

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Les hôtes britanniques ont néanmoins manifesté leur enthousiasme, à l’image d’Alok Sharma, président de la COP26 pour qui «nous arrivons au moment où nous renvoyons le charbon aux livres d’Histoire.»

Nous devons mettre les financements publics du bon côté de l’Histoire», a alors enchéri le secrétaire d’Etat britannique aux entreprises, Greg Hands.

Selon l’Agence Internationale de l’Energie (AIE), pour pouvoir préserver l’objectif idéal de l’accord de Paris – un réchauffement contenu à +1,5 °C par rapport à l’ère préindustrielle – il faudrait immédiatement cesser tout financement de nouveaux projets dans les énergies fossiles. Or selon l’ONG Oil Change International, entre 2018 et 2020, les pays du G20 ont financé à eux seuls de tels projets à hauteur de 188 milliards de dollars, principalement via des banques multilatérales de développement.

Un pas

Après des engagements sur la réduction de 30% des émissions de méthane en début de semaine, nombre d’observateurs, comme la directrice du Climate Action Network International, Tasneem Essop, ont toutefois estimé qu’il s’agissait d’un nouveau «pas dans la bonne direction.»

«Le Groupe d’experts intergouvernemental sur l’évolution du climat (ou GIEC) est parfaitement clair: pour éviter un désastre climatique il faut mettre un terme à notre addiction aux énergies fossiles, et l’élimination du financement est un pas en avant essentiel», résume Jennifer Layke, du World Resources Institute.

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D’autant qu’une étude scientifique, publiée à l’occasion de la COP est venue rappeler la réalité froide des chiffres: malgré le trou d’air de la pandémie de Covid-19, qui avait fait fortement reculer les émissions de CO2 en 2020, le mouvement est déjà reparti à la hausse.

Selon le Global carbon project, ces émissions auront rebondi en 2021 à moins de 1% de leur niveau record de 2019, laissant de moins en moins de temps pour tenir l’objectif de +1,5 °C. Et la source très majoritaire de production de CO2, principal gaz à effet de serre, se trouve justement être la combustion des énergies fossiles.

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