«Courrier international» s’est livré à un travail de titan en allant fouiller dans tout ce que la presse internationale a écrit sur le réchauffement climatique et les enjeux du Sommet de Copenhague. Dossier gargantuesque, passionnant, référentiel.

Philippe Thureau-Dangin, directeur de la rédaction, pose lui-même la question dans son éditorial: dans Courrier international, «un dossier de plus de 50 pages sur le sommet de Copenhague, n’est-ce pas trop?» Non, car «la question du réchauffement est centrale, urgente, et il existe des réponses et des solutions politiquement et économiquement viables». Ce numéro spécial (N° 994, du 19 au 25 novembre 2009) les a donc cherchées et… trouvées. En sortant des sentiers battus, en décryptant et en traduisant une masse d’articles. Souvent hors du main­stream médiatique, avec un appareillage didactique comprenant «encadrés du plouc», infographies et cartes toutes plus passionnantes les unes que les autres. Avec des photos aussi, notamment extraites du beau reportage d’Alban Kakulya et Serge Enderlin réalisé l’été dernier dans les glaces fondantes du Groënland pour le quotidien vaudois 24 Heures. Un phénomène bien connu, qui touche aussi la route du Nord, promise à «devenir une «autoroute» maritime de grand intérêt économique et stratégique pour la Russie», comme l’expliquent les Izvestia de Moscou.

A l’enseigne de «Pourquoi la planète sera (peut-être) sauvée», il s’agit donc d’un dossier divisé en trois chapitres: «Copenhague et après», «D’un continent l’autre» et «Chaud l’avenir». Concocté, bien sûr, parce que «cela fait des années que l’on attend le sommet sur le changement climatique qui aura lieu du 7 au 18 décembre à Copenhague. Cela fait des mois que les délégations se rencontrent, que les experts débattent, que les ONG poussent… Pourtant, sauf miracle, il n’y aura pas de protocole contraignant signé au Danemark – tout juste une grande déclaration politique pour marquer l’urgence de limiter les gaz à effet de serre.»

Mais pourtant, Courrier int’ donne le ton: c’est «un sommet plus important que Yalta», comme l’affirme avec force l’écrivain et militant américain Bill McKibben dans le bimestriel Mother Jones, de San Francisco, journal progressiste et contestataire. Mais que veulent ses acteurs? Quels sont les enjeux? C’est l’hebdomadaire New Statesman de Londres, forum de la gauche indépendante, qui les résume très bien, en regard du National Post de Toronto (conservateur) qui, lui, pense que le traité «actuellement négocié est scandaleusement biaisé en faveur des pays en développement». En regard aussi du Foreign Policy de Washington, bimestriel édité par la Fondation Carnegie pour la paix internationale, qui fait le tour des idées reçues comme celles consistant à dire: «les scientifiques sont divisés» ou «c’est la faute de la Chine».

Et l’argent dans tout ça? «Agir coûte moins cher», prétend dans le Wall Street Journal Robert N. Stavins, le directeur du programme d’économie environnementale de Harvard, pour qui «le passage à une économie reposant sur des énergies moins polluantes peut et doit se faire graduellement». D’autant que le Nord est encore «trop pingre», selon le New York Times: «Les riches rechignent à mettre la main à la poche», alors que «les pays en développement ont besoin d’aide pour lutter contre le réchauffement». «Accord ou pas» à Copenhague, les grands pollueurs doivent donc de toute manière se décider «à agir sérieusement à leur échelle», pense l’Australian Financial Review, le quotidien le plus sérieux du pays. D’ailleurs, un exemple intéressant est celui du Japon. Qui, depuis la récente accession au pouvoir du nouveau premier ministre, Yukio Hatoyama, a opéré un «changement de cap» radical, en y mettant des moyens financiers considérables. Ainsi, l’Empire du Soleil levant se positionne comme «leader dans la lutte contre le réchauffement climatique», observe le Mainichi Shimbun de Tokyo. «Les pays riches devront payer», pense aussi le président Lula, qui vient de présenter, «dans son émission radiophonique hebdomadaire, les grandes lignes de la proposition brésilienne pour Copenhague», paroles retranscrites sur Cafe.radiobras.gov.br.

L’Inde et la Chine passent actuellement pour des dures en matière de leur «droit de polluer», comme l’analysent l’hebdomadaire Open de New Delhi et un chercheur à l’Académie des sciences sociales du Zhejiang, Chu Zhaogen, dans le quotidien Dongfang Zaobao de Shanghai. Et pendant ce temps, Barack Obama, lui, «se consacre à sa réforme du système de santé. Résultat: le dossier du climat est mal traité», déplore le politologue et ex-ministre de Bill Clinton Robert Reich dans le webzine Salon, de San Francisco, alors que tout le monde espère que le président américain n’arrivera pas les mains vides au Danemark après avoir reçu son Nobel de la paix à Oslo… Qu’il s’inspirera, en quelque sorte, des expériences efficaces menées au Texas et en Californie, deux Etats qui sont devenus «des champions de l’électricité propre», écrit le New York Times.

Autre sujet d’inquiétude: «L’histoire mexicaine montre que des changements climatiques ont été déclencheurs de guerres» et que «cela a toutes les chances de se reproduire». C’est la grande revue mensuelle Nexos qui le dit, en montrant notamment que «les épisodes de sécheresse ont été des facteurs très importants du mécontentement social, voire d’insurrections». «Quatre années de sécheresse consécutives»: c’est précisément ce qui vient de se produire dans la pampa argentine, transformée en désert aride dont La Nación de Buenos Aires dresse le terrifiant tableau, avec des photos et une vidéo tristement explicites.

Nombre de pays arabes sont aussi déjà «confrontés à des pénuries d’eau» et «s’attaquer au réchauffement n’est pas un luxe», rappelle pour sa part la revue environnementaliste panarabe libanaise Al Bia Wal-Tanmia. Pour ce faire, il faut mieux partager les données climatiques, pense La Libre Belgique. Il faut, enfin, empoigner un sujet tabou: la croissance de la population, qui n’arrange rien, mais alors rien du tout, selon The Ecologist de Londres.