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Image d’illustration. Des chefs coupent le plus grand pâté en croûte du monde à l’école hôtelière de Lausanne, le 15 décembre 2016.

Nutrition

Trop copieux, trop gras, trop sucrés: les repas suisses passent mal

La première enquête nationale sur l’alimentation en Suisse pointe les habitudes alimentaires de la population. Au menu: trop de viande, trop de graisse et pas assez de fruits et de légumes

C’est la première étude du genre en Suisse. Et elle n’est pas tendre avec nos habitudes alimentaires. Menée sur 2000 adultes de 18 à 75 ans répartis dans toute la Suisse, l’enquête nationale MenuCH, conduite par l’Institut de médecine sociale et préventive de l’Université de Lausanne sous mandat de l’Office fédéral de la sécurité alimentaire et des affaires vétérinaires (OSAV) et de l’Office fédéral de la santé publique (OFSP) et publiée le 16 mars, décortique la façon de se nourrir de la population. Le résultat est cinglant: nous mangeons de manière trop peu équilibrée.

Première pointée du doigt, la consommation de viande. Elle culmine en moyenne par personne et par semaine à 780 g, alors que la quantité recommandée est de 240 g. Les hommes en mangent deux fois plus que les femmes (980 g en moyenne contre 570 g). De plus, des disparités régionales ont également été constatées: si les Suisses alémaniques mangent globalement moins de viande, ils consomment par contre davantage de produits carnés transformés – comme la charcuterie, les saucisses, le corned-beef – que leurs voisins latins.

Lire aussi: Haro sur la charcuterie, accusée de causer le cancer

«Ces chiffres ne m’étonnent pas, commente Nathalie Farpour-Lambert, médecin adjointe agrégée du service de pédiatrie des HUG, mais aussi fondatrice du programme Contrepoids et présidente de l’Association européenne pour l’étude de l’obésité. On mange beaucoup trop de viande en Suisse, tout comme dans les autres pays industrialisés. Cela reflète aussi ce que l’on observe dans les rayons des supermarchés, les surfaces consacrées à la viande y étant généralement beaucoup plus importantes que celles dédiées au poisson.»

Il va sans dire que cette consommation excessive est un problème. Plusieurs études sont en effet venues démontrer l’association entre l’absorption de viande rouge et le risque accru de maladies métaboliques, comme le diabète de type 2, ou de maladies cardiovasculaires. L’OMS avait mis en garde, en octobre 2015, quant aux risques de cancer colorectal associé avec l’ingestion régulière de viande transformée.

Accros à la malbouffe

Pire encore, il semblerait que les Suisses soient littéralement accros à la malbouffe. La consommation de sucreries et de snack salés, de même que celle de matières grasses est en effet quatre fois plus élevée que les quantités recommandées. Pour rappel, 41% de la population suisse est en excès de poids, dont 10% est obèse. «En comparaison internationale nous ne sommes pas encore trop mal lotis, tempère Nathalie Farpour-Lambert. En Irlande ou au Royaume-Uni, ce taux atteint 70% et selon des estimations européennes, ce chiffre pourrait même dépasser 90% en 2030. Les pays du Sud, traditionnellement réputés pour leurs habitudes alimentaires saines, sont également très touchés par une épidémie d’obésité, notamment infantile.» En cause? «Des changements sociétaux, qui ont conduit à favoriser une alimentation industrielle riche en graisse saturée et en sucre. Mais aussi des facteurs tels que le stress, ou l’anxiété, poussant parfois à une prise alimentaire excessive. Les facteurs génétiques peuvent être une piste d’explication, mais ils ne sont pas prépondérants.»

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Et malheureusement, la nouvelle réglementation suisse concernant l’étiquetage des produits alimentaires, qui rentrera en vigueur en mai, ne devrait pas venir contrer cette tendance. Si elle obligera à préciser le nombre de calories, la teneur en graisse, en sel ou encore en fibre, les producteurs ne seront par contre pas contraints à mentionner la teneur en sucre des aliments, contrairement à ce qui se fait ailleurs dans l’Union européenne.

Trop peu de fruits et légumes

L’étude relève également les aliments dont la consommation est insuffisante. Les huiles végétales, les fruits à coque, de même que les fruits et légumes n’ont manifestement pas la cote dans notre assiette, puisque nous en consommons en moyenne 3 à 4 portions par jour au lieu des 5 recommandées. En outre, sur l’ensemble de la Suisse, l’ingestion moyenne de lait et autres produits laitiers est de deux portions par jour au lieu de trois. La Suisse alémanique consomme toutefois davantage de laitages que les régions latines.

71% des sondés ont également déclaré manger à l’extérieur à midi. Souvent trop riches et trop copieux, les repas pris hors du domicile pourraient expliquer l’excès de poids dans la population. «Une recherche menée aux Etats-Unis a établi une corrélation entre le fait de manger régulièrement au restaurant et les risques d’obésité», appuie Nathalie Farpour-Lambert.

Instructive, l’enquête nationale MenuCH devrait être répétée tous les cinq ans et inclure, à l’avenir d’autres tranches d’âge. «Des dizaines de milliers de données collectées dans le cadre de ce projet restent encore à être analysées et interprétées, explique Vincent Dudler, responsable de la division évaluation des risques à l’OSAV. Cela nous permettra de réaliser des recommandations nutritionnelles plus ciblées de ce que l’on pouvait faire jusqu’à présent».

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