Ne dites plus «grippe chinoise» ou «grippe de Wuhan»: la maladie au cœur de l’épidémie actuelle s’appelle désormais Covid-19, a annoncé mardi l’Organisation mondiale de la santé (OMS).

La nouvelle dénomination a été choisie de manière à être «facile à prononcer», tout en restant sans référence «stigmatisante» à un pays ou une population particulière, a souligné le directeur Tedros Adhanom Ghebreyesus, en faisant allusion au nom de «virus chinois» qui s’était répandu ces dernières semaines.

Que signifie Covid-19? On peut la traduire par «maladie à coronavirus de 2019». Le «co» renvoie à corona, le «vi» à virus, et le «d» à maladie, disease dans la langue d’Edward Jenner. Quant au chiffre 19, il correspond à l’année de l’émergence de l’inopportun pathogène. Aucune référence à la Chine n’est visible dans le nom.

S’agissant du virus, il convient désormais de l’appeler SARS-CoV-2, pour «coronavirus du syndrome respiratoire aigu sévère 2», ont écrit les membres du Comité international de taxonomie des virus.

SRAS? Nommer un virus en référence à la maladie qu’il provoque n’est pourtant plus d’actualité. Ce fut le cas historiquement, les scientifiques découvrant les premiers virus avant tout à cause des maladies qu’ils entraînaient. Mais, aujourd’hui, la majorité des virus identifiés le sont hors cadre clinique.

Le SARS-CoV-2 fait donc figure d’exception, sans doute lié aux circonstances de l’épidémie, avance un virologue dans les colonnes de Wired avant d’ajouter que le virus de l’épidémie de SRAS en 2003 et le coronavirus actuel sont génétiquement très proches.

Gloubi-boulga politiquement correct

Pour mettre fin à des décennies de noms de maladies stigmatisantes, l’OMS a mis son grain de sel dans les processus de dénomination en cas d’épidémie. L’organisation a publié à cette fin quelques recommandations en 2015, parmi lesquelles ne pas inclure de noms de personnes (maladie de Creutzfeld-Jacob), d’animaux (grippe porcine), de zones géographiques (grippe espagnole) ou de références culturelles.

Mais les noms qui en résultent, tel le «nouveau syndrome neurologique», ou le «Covid-19», relèvent parfois du gloubi-boulga politiquement correct et ne font pas l’unanimité parmi les scientifiques. «Cela va donner des noms ennuyeux et amener de la confusion», craint une scientifique qui s’est confiée au magazine Science.

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Exemple, Covid-19 est désormais un modèle de nom sur lequel devraient se baser les futurs coronavirus. Il faut donc s’attendre à du «Covid-25», «Covid-35» ou «Covid-42» selon l’année durant laquelle apparaîtront de futures maladies à coronavirus. Avec trois exemples survenus chez l’humain en dix-sept ans, grandes sont les chances de se retrouver avec une famille de maladies étendue dont les noms ne diffèrent que par leur année d’apparition, diluant les caractéristiques de chacune.

Dans tout ce raffut taxonomique, les autorités sanitaires chinoises ont opté ce week-end pour… un autre nom. La maladie s’appelle là-bas la «pneumonie du nouveau coronavirus», ou NCP.

Ironiquement, Wired note que le nom «Covid» est aussi celui d’une entreprise américaine, spécialisée dans la fabrication de câbles audio et vidéo. Pas très inclusif de la part de l’OMS pour ces paisibles travailleurs de l’Arizona…