La tension monte dans les différents centres de contrôle du CERN. Ce matin, dans le Grand Collisionneur de Hadrons (LHC), les physiciens ont tenté par deux fois d’accélérer deux faisceaux de protons, d’infimes particules chargées positivement, afin de les faire se collisionner frontalement pour recréer des conditions qui existaient quelques instants après le Big-Bang. Toutefois, un problème dans le système de refroidissement des aimants supraconducteurs est apparu vers 9h.

Ces aimants doivent maintenir les «trains» de particules sur leur trajectoire circulaire de 27 km dans le tunnel situé sous la frontière franco-suisse, près de Genève. «Il s’agit d’un problème dans le système de protection de ces aimants, qui est très sensible», a confirmé Steve Myers, directeur des accélérateurs, sans pouvoir donner plus de détails. Les physiciens ont décidé de prendre leur temps pour examiner ce défaut, et ne vont reprendre leurs expériences que vers midi ce mardi.

Le problème a conduit à la perte des faisceaux de particules, alors que les physiciens étaient en train de les accélérer de leur énergie d’injection de 0,45 téraélectronvolts (TeV) dans le circuit, à l’énergie de collisions prévue – 3,5 TeV pour chaque faisceau, soit 7 TeV dans le choc frontal. Est-ce beaucoup? A l’échelle des particules, oui, énormément, car cette énergie est concentrée dans un volume mille milliards de fois plus petit qu’une tête d’épingle. Mais à notre échelle, cela représente sept fois l’équivalent de l’énergie utilisée par un moustique en vol.

Lorsqu’elles surviendront, ces collisions devraient faire surgir, dans les débris, des particules secondaires encore inédites, qui pourraient confirmer les bases de la physique moderne (le Modèle Standard) ou alors les ébranler… L’une de ces particules pourrait être le fameux «boson de Higgs» qui permettrait enfin de répondre à une question triviale et pourtant non résolue jusque-là: pourquoi toutes les particules ont une masse.

Ces particules secondaires issues des feux d’artifice corpusculaires laisseront des traces dans les quatre grandes expériences (CMS, Atlas, LHCb et ALICE) situées sur l’anneau du LHC. «C’est un moment que nous attendons tous depuis des années. C’est vraiment un saut dans l’inconnu, une nouvelle physique qui est sur le point de commencer», se réjouit Lucas Taylor, porte-parole de l’expérience CMS.

Les physiciens sont donc à bout touchant, alors que leur parcours a été semé d’embûches. La construction du LHC, devisé au total environ 10 milliards de francs (en incluant les quatre gros détecteurs) a débuté en 2000 et s’est achevée en 2008, impliquant plusieurs milliers de physiciens et ingénieurs du monde entier. Mais lors de la mise en marche de l’accélérateur, un grave problème est apparu dans le système cryogénique, qui avait conduit à l’arrêt de la machine pendant une année. Et causé des réparations pour 40 millions de francs.