Les scientifiques sont sur le pied de guerre pour développer un vaccin dirigé contre le coronavirus nCoV-2019, responsable de l’épidémie qui sévit en Chine et ailleurs dans le monde et qui avait, au 29 janvier, contaminé près de 6000 personnes et fait au moins 130 victimes.

En Chine, les virologues du Centre chinois pour le contrôle et la prévention des maladies ont identifié le virus nCoV-2019 début janvier et publié les résultats de son séquençage génétique sur internet, des informations cruciales pour la conception d’un vaccin. Depuis, plusieurs autres équipes s’en sont emparées et ont entamé des recherches.

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Aux Etats-Unis, les National Institutes of Health, agence gouvernementale chargée de la recherche biomédicale, ont annoncé travailler sur le sujet, tout comme plusieurs universités ainsi qu’Inovio Pharmaceuticals, Moderna et Novavax, trois petites compagnies dont les actions ont récemment vu leur cours monter en flèche. En Australie, des scientifiques de l’Institut Doherty à Melbourne sont parvenus, à partir d’un échantillon de patient infecté, à répliquer le coronavirus en laboratoire, étape importante dans la course contre la montre qui s’est enclenchée.

En partageant leurs résultats via l’Organisation mondiale de la santé – ce que la Chine n’a pas souhaité faire, se contentant de publier la seule séquence génétique du virus – les Australiens permettent ainsi aux scientifiques du monde entier de créer des tests de dépistage ou encore de développer des vaccins.

Vaccins à ARN

Pour poursuivre sur cette lancée, les laboratoires ont besoin de carburant: des fonds sonnants et trébuchants. Le 23 janvier, la Coalition pour les innovations de préparation aux épidémies (CEPI), organisation à but non lucratif qui promeut l’accélération du développement des vaccins, a octroyé environ 9 millions de dollars chacun à Moderna, à Inovio Pharmaceuticals, et à l’Université du Queensland en Australie.

La stratégie privilégiée par Moderna et Inovio consiste en des vaccins à base d’acides nucléiques. Ces agents thérapeutiques en développement depuis une dizaine d’années reposent comme leur nom l’indique sur l’ADN ou, comme c’est le cas ici, sur l’ARN messager (ARNm) du virus. En l’occurrence, les chercheurs des deux sociétés utilisent un ARNm qui code une protéine en forme de pointe présente à la surface de l’enveloppe du coronavirus. Injecté dans l’organisme, cet ARNm est traité normalement par la machinerie cellulaire qui le traduit en la dite protéine pointue. Cette dernière joue le rôle d’antigène, c’est-à-dire de molécule qui va déclencher la réponse immunitaire, lequel mémorise cette rencontre et peut ainsi détruire le véritable coronavirus, s’il venait à se présenter. Ces vaccins à base d’acides nucléiques ont un coût avantageux, mais ont pour principal défaut de rencontrer des difficultés à traverser les membranes des cellules, écueil que les sociétés devront négocier, entre autres.

Quant à l’université australienne, elle vise la fabrication d’un vaccin de manière plus classique, en faisant produire les antigènes non pas directement par l’organisme, mais par des cellules génétiquement modifiées et placées en culture in vitro.

Le défi de la production

Si ces recherches préliminaires donnent satisfaction, les candidats-vaccins seront testés chez l’animal afin de s’assurer de leur efficacité et de leur caractère inoffensif. Ce n’est qu’ensuite que démarreront les essais de phase I chez l’humain, d’abord chez des volontaires en bonne santé, puis chez des malades, par exemple dans le cas d’un usage dit compassionnel, comme c’est le cas actuellement en République démocratique du Congo, frappée par une épidémie due au virus Ebola. Dans le scénario le plus optimiste, le vaccin de Moderna pourrait entrer en phase I d’ici à trois mois, et le déploiement d’un vaccin sur le terrain n’aurait lieu que d’ici à un an.

Malgré ces résultats encourageants et obtenus en un temps record, le risque de voir un vaccin arriver trop tard, comme à chaque grande épidémie, est bien réel. Outre les inévitables obstacles imprévus dans la conception de cet agent thérapeutique, il faudra également relever le défi de sa production à très grande échelle. D’après le magazine Science, les trois lauréats de la bourse du CEPI pourraient fabriquer à eux trois et au maximum quelques centaines de millions de doses par an, nombre bien maigre en cas de pandémie mondiale.


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