Dans de rares cas (avec une prévalence que l’on estime actuellement entre 0,1 et 0,5%), les enfants ayant contracté le Covid-19 développent ce que l’on appelle un syndrome inflammatoire multisystémique pédiatrique post-covid (PIMS), quatre à six semaines après avoir été infectés par le SARS-CoV-2. En Suisse, une centaine de cas ont été dénombrés depuis le début de la pandémie.

Prédire les risques de myocardite

Pouvant entraîner des symptômes variés, comme de la fièvre, des éruptions cutanées ou des douleurs gastriques, ce syndrome inflammatoire peut également, dans 70% des cas, s’étendre au myocarde, le muscle qui assure les contractions cardiaques. On parle alors de myocardite.

Dans une étude parue dans la revue MED (un nouveau journal créé par la revue Cell), des chercheurs français ont essayé de comprendre pourquoi ces formes graves pouvaient toucher certains enfants. Ils ont, pour cela, analysé le sang d’une cohorte de 56 patients âgés entre 8 mois et 16 ans. Parmi ceux-ci, 30 avaient développé un PIMS, dont 21 avec une myocardite (âge médian: 8 ans) et neuf sans inflammation du myocarde (âge médian: 5 ans).

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Résultats: chez tous les enfants ayant développé un PIMS, les scientifiques ont mis en évidence une diminution du nombre de globules blancs, ainsi qu’une augmentation du taux de cytokines pro-inflammatoires (des hormones qui ont pour fonction de moduler les réactions immunitaires), ainsi qu’une suractivation de ce que l’on appelle la voie NF-kB au sein de ces cellules. La voie NF-kB contrôle l’expression de nombreux gènes impliqués dans la régulation du système immunitaire.

En regardant plus en détail les échantillons de sang des patients présentant des formes sévères de myocardite, et en procédant à une analyse génétique cellule par cellule, les auteurs ont pu identifier plus d’une centaine de gènes qui étaient spécifiquement surexprimés dans les globules blancs des personnes touchées. Découvrant par là même une signature moléculaire qui pourrait, à terme, conduire à la mise au point de tests visant à identifier les patients à risque.

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«Ces tests pourraient se présenter sous la forme d’une puce sur laquelle on applique l’ARN des cellules de patients et qui permettrait de quantifier rapidement l’expression des gènes dérégulés dans les PIMS, explique Frédéric Rieux-Laucat, directeur du Laboratoire d’immunogénétique des maladies auto-immunes pédiatriques de l’Institut Imagine (Inserm/AP-HP/Université de Paris) et coauteur de l’étude. Pour avoir un intérêt, cette signature devrait être recherchée en amont, quelques jours après l’infection. Ces tests pourraient par ailleurs également servir à prédire les myocardites post-vaccinales.»

Rares eux aussi (environ 22 cas pour 100 000 injections), et dans la grande majorité bénins, des cas de myocardites ont en effet été déclarés suite à l’administration de vaccins à ARNm contre le Covid-19, en particulier chez les adolescents et les jeunes adultes de sexe masculin et le plus souvent quelques jours suivant la deuxième dose. Afin de pouvoir identifier les personnes possiblement à risque, il s’agira toutefois encore de comprendre si les cas de myocardites post-vaccinales partagent la même signature moléculaire sous-jacente ou si cette affection est de nature différente.