Pour tous ceux qui, depuis qu’ils ont attrapé le Covid-19, ne sentent plus la moutarde leur monter au nez, ni le parfum des fraises, le temps est très long. L’anosmie, la perte d’odorat, a en effet touché une partie des malades, à qui leur médecin a conseillé d’être patients. Sans certitudes sur le mécanisme qui conduit le coronavirus à ôter ce précieux sens, les spécialistes sont en effet bien impuissants à trouver des solutions.

Quelques semaines à peine après l’identification de ce symptôme, les premiers articles scientifiques apparaissaient, laissant entendre que l’anosmie serait liée à une attaque des neurones olfactifs. Panique, chez les victimes, qui ne savaient pas s’ils allaient un jour ressentir à nouveau le fumet du café ou le bouquet des roses. Plusieurs études récentes avancent cependant une autre hypothèse, beaucoup plus rassurante.

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Les premiers résultats de chercheurs américains viennent en effet d’être prépubliés. Selon ces scientifiques, qui viennent en partie de l’Université Harvard, l’anosmie est liée au gonflement de la «fente olfactive», qui gêne l’olfaction sans que les malades aient le nez bouché. Mais le coronavirus endommage non pas les neurones olfactifs, mais leurs cellules de support, en surface.

«La réponse immunitaire provoquerait alors un œdème de cette zone, tout en laissant intacts les neurones impliqués dans l’olfaction. Une fois le virus éliminé, le gonflement régresserait, résument deux chercheurs anglais dans le média The Conversation. Les molécules aromatiques pourraient alors à nouveau atteindre leurs récepteurs, et l’odorat se trouverait donc ainsi rétabli.»

Nous voyons actuellement des personnes dont l’anosmie dure depuis trois ou quatre mois

Basile Landis, médecin à l’unité de rhinologie-olfactologie des Hôpitaux universitaires de Genève (HUG)

Cette hypothèse est de plus en plus partagée au sein de la petite communauté des spécialistes de l’odorat. Basile Landis, à l’unité de rhinologie-olfactologie des Hôpitaux universitaires de Genève (HUG), a d’ailleurs participé à une étude en prépublication qui a obtenu les mêmes résultats. «Pour pénétrer dans l’organisme, le virus a besoin d’une porte d’entrée, explique-t-il. Le récepteur ACE2 joue ce rôle auprès des cellules de l’épithélium olfactif, une muqueuse de la cavité nasale qui détecte les odeurs. Le virus se réplique donc dans ces cellules de soutien, mais n’attaque pas le neurone lui-même.»

Questions sans réponses

Cette découverte expliquerait pourquoi la moitié des patients touchés, environ, récupèrent leur odorat deux semaines après l’avoir perdu à la suite du Covid-19. Ce mécanisme n’explique pas, cependant, pourquoi une petite partie ne l’a toujours pas retrouvé. «Nous voyons actuellement des personnes dont l’anosmie dure depuis trois ou quatre mois, précise Blaise Landis. Dans ce cas, on suppose que les cellules neuronales sont endommagées, mais en réalité nous n’en avons aucune preuve. A l’heure actuelle, personne ne peut vous dire combien vont retrouver leur odorat dans un an.» Le spécialiste souligne que de nombreuses questions restent en suspens: les patients touchés par ce syndrome sont-ils généralement plus jeunes ou plus âgés? Est-ce que l’anosmie est plus importante chez les personnes qui souffrent d’une forme sévère de Covid-19?, etc.

Les réponses sont encore à trouver. Blaise Landis se félicite, d’un certain côté, que la pandémie ait mis un coup de projecteur sur une pathologie peu connue, mais qui concernerait jusqu’à 5% de la population. «Cela dit, l’anosmie n’est pas présente chez tous les patients Covid-19, loin de là, précise-t-il. Une étude islandaise de qualité atteste que 10% d’entre eux seulement perdent l’odorat, et je pense que cette proportion est juste.»

Deux ans

Les personnes qui tardent à retrouver leur odorat ont de quoi garder espoir: contrairement aux cellules auditives ou visuelles, celles de l’olfaction ont le pouvoir de se renouveler. Tous les trois mois, elles meurent puis se régénèrent. En moyenne, 70% des anosmiques récupèrent ce sens dans les deux ans. Pour les malades du Covid-19, il s’agit donc avant tout d’être patient.

Au Centre hospitalier universitaire vaudois, Antoine Reinhard, médecin associé dans le service d’oto-rhino-laryngologie et de chirurgie cervico-faciale, les encourage à faire de la rééducation olfactive. «Ce sont de petits exercices à faire au quotidien, détaille-t-il. On leur conseille d’essayer de sentir des odeurs familières, comme le café, la menthe, le clou de girofle ou la citronnelle, quelques secondes par jour pendant plusieurs semaines. Certaines études révèlent que cela aurait un effet bénéfique sur la récupération de l’odorat.»

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