Elève médiocre. Pratiqua le surf et la natation. Enrôlé pour la guerre du Vietnam, il servit dans le service médical. Démoralisé, il tenta de se suicider en nageant vers le large. Le site Wikipedia ne prend pas de pincettes pour décrire celui qu’il présente comme l’un des innovateurs scientifiques du XXIe siècle. Au Temps, avec qui il évoquait ses travaux lors de son passage à Genève le 12 octobre 2009, ne déclarait-il pas: «Nous commençons à être capables de contrôler notre propre évolution», techniquement, génétiquement.

Né en 1946 à San Francisco, Craig Venter est un pionnier de la génomique: il est la première personne à avoir son génome complètement séquencé, en 2007. Un résultat qui trouve son origine 40 ans plus tôt, à son retour du Vietnam. Y côtoyer la mort l’a convaincu de vouloir changer le monde, en «prenant des risques», sa devise depuis l’enfance. «Cela n’est pas typique des scientifiques, des gens qui suivent plus qu’ils ne mènent», claque-t-il.

Il reprend donc ses études, obtient un doctorat en physiologie et pharmacologie à l’Université de Californie. Gravit les échelons académiques. Travaille pour les Instituts nationaux de la santé (NIH). Met au point une méthode rapide de séquençage du génome. Avec laquelle il décrypte, en 1995, celui de la bactérie Haemophilus influenzae. Première mondiale! S’étant affranchi du système public de financement pour fonder plusieurs structures privées, il devient, en 2000, l’un des premiers à annoncer le séquençage du génome d’Homo sapiens, qui est en fait un mélange du matériel génétique de plusieurs personnes.

Dans la communauté scientifique, l’homme ne laisse personne indifférent. D’aucuns voient en lui un franc-tireur, à l’ego surdimensionné, avide de renommée et d’argent; en 1992, avec les NIH, il dépose des brevets sur une série de gènes exprimés dans le cerveau, ce qui déclenche une bronca parmi ses pairs. D’autres soulignent (envient?) son dynamisme et son mordant; il vient de lancer une vaste expédition sur toutes les mers, à bord de son voilier Sorcerer II, dans le but d’échantillonner des milliers de micro-organismes marins pour découvrir des molécules utiles en chimie ou en médecine.

Imperméable, lui, aux qu’en-dira-t-on, Craig Venter n’a pas fini d’étonner son monde.