Animaux

Crapauducs, seaux, filets: peut-on empêcher crapauds et grenouilles de se faire écrabouiller?

La traversée des routes est un obstacle mortel pour les amphibiens en migration. Alors que le printemps fait son retour, des mesures de protection sont mises en place. Mais sont-elles vraiment efficaces?

Chaque printemps, des milliers de grenouilles, crapauds et tritons quittent leur quartier d’hiver forestier. L’instinct pousse inexorablement ces amphibiens vers le plan d’eau où ils sont nés. Là, ils pourront rencontrer leurs semblables et se reproduire. Certaines espèces, comme le crapaud commun, peuvent parcourir jusqu’à trois kilomètres pendant leur migration.

En chemin, ils doivent très souvent traverser des routes, un obstacle potentiellement mortel. Pour éviter qu’ils ne finissent écrasés sous les roues des véhicules, des barrières et tunnels à amphibiens ont été aménagés sur les tronçons de route les plus critiques. Ces mesures sont-elles vraiment efficaces?

Crapauducs

«En Suisse, on recense au moins 500 sites qui bénéficient de mesures de protection le long des voies de circulation», estime Thierry Bohnenstengel, coordinateur romand pour la question des amphibiens au Centre de coordination pour la protection des amphibiens et reptiles de Suisse (KARCH). Parmi elles, on compte 200 «crapauducs», des tunnels bétonnés permanents permettant aux amphibiens de passer sous la route. En 2014 déjà, Le Temps était allé filmer ces routes protégées.

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Des mesures temporaires sont aussi mises en place dès la fin février jusqu’au mois d’avril, pendant la migration printanière: des barrières de 50 centimètres de haut longeant la route sur environ 400 mètres, avec des seaux de récupération enterrés sous la barrière, dans lesquels tombent les amphibiens.

Chaque matin, des bénévoles doivent transporter ces animaux de l’autre côté de la route. Et finalement dans les sites les plus critiques, la route est simplement fermée à la circulation.

Population en hausse

«Globalement, grâce à ces trois méthodes, ce sont plus de 200 000 amphibiens qui sont sauvés tous les ans en Suisse, mentionne le biologiste. Dévier le trafic est bien sûr la méthode la plus efficace. Par exemple à Ins dans le canton de Berne, cela a permis la hausse de 60% de la population. Cependant, la démarche est souvent mal reçue par les riverains.»

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Alain Reymond, biologiste au bureau d’études en environnement A.Maibach confirme: «Ces méthodes fonctionnent très bien. Avec les barrières temporaires, grenouilles, crapauds et tritons ne sont pas seulement amenés de l’autre côté de la route mais également identifiés et comptés. Ce qui nous permet d’adapter l’emplacement des barrières, pour que leur efficacité soit maximale.»

Les crapauducs coûtent cher, entre 1500 et 3000 francs le mètre

Malgré ces aménagements, la plupart des espèces d’amphibiens sont en régression. Parmi les espèces vivant en Suisse, seules trois, dont le triton alpestre et la grenouille rousse, ne sont pas considérées comme menacées.

Concernant les progénitures, «les bons résultats obtenus lors de la migration printanière peuvent être anéantis, selon le taux de mortalité des jeunes qui migrent en sens inverse à la fin de l’été, prévient Thierry Bohnenstengel. Comme la migration est cette fois-ci beaucoup plus diffuse dans le temps et l’espace, on n’engage généralement pas de mesures temporaires. Sur les sites critiques, il faudrait donc impérativement installer des tunnels permanents.»

Malgré ces aménagements, la plupart des espèces d’amphibiens sont en régression

L’ennui, c’est que les crapauducs ont un coût élevé. «Il faut compter entre 1500 et 3000 francs le mètre, indique Alain Reymond, d’où l’importance de pouvoir identifier les tronçons où des mesures sont les plus urgentes. Sur mandat de la Direction générale de l’environnement, nous avons comptabilisé 270 sites où des amphibiens sont victimes de la route dans le canton de Vaud, mais ce nombre peut être très variable. Il varie entre 1 et 10 000 individus.» Certains sites ont donc été priorisés.

Recul des habitats

«Bien sûr, il n’est pas possible de sauver tous les amphibiens, continue le biologiste. Il faut évidemment se concentrer sur les points névralgiques tout en continuant de surveiller l’évolution des autres sites. La construction de crapauducs à moindre coût peut aussi être envisagée en la combinant avec d’autres travaux qui doivent de toute manière être faits sur place.»

«Paradoxalement, les premiers tunnels et barrières à grenouilles construits dans les années 1970 étaient vus comme des mesures de sécurité routière, explique Thierry Bohnenstengel. A l’époque, le nombre d’amphibiens écrasés était tellement conséquent que les chaussées en devenaient glissantes.»

Aujourd’hui, la situation est tout autre. Outre les dangers liés à la circulation, c’est surtout la disparition des milieux humides qui menace les amphibiens. La sauvegarde et la restauration de ces zones essentielles à leur cycle de vie sont capitales pour le maintien de ces espèces.

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