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BELGIUM. Knokke. 2001. (KEYSTONE/MAGNUM PHOTOS/Martin Parr)
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Médecine

Les crèmes solaires sont-elles vraiment inutiles?

Si les crèmes solaires sont efficaces contre les coups de soleil, leur effet contre les cancers n’est pas prouvé, a relevé le rédacteur en chef de la «Revue médicale suisse». Les dermatologues des hôpitaux universitaires remettent les choses à plat

Pourquoi se mettre de la crème solaire? Pour se protéger des risques associés à une forte exposition au soleil – «protection solaire», c’est écrit sur le tube. Mais les produits cosmétiques proposés nous mettent-ils à l’abri de tous les effets néfastes du soleil sur notre organisme? Leur efficacité est évaluée en fonction de leur capacité à limiter les coups de soleil. Pour ce qui concerne les effets à plus long terme, au premier lieu desquels les cancers de la peau, les professionnels recommandent de ne pas se reposer uniquement sur l’application des crèmes.

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Dans une tribune publiée en mai dernier dans la Revue médicale suisse, dont il est le rédacteur en chef, le docteur Bertrand Kiefer a souhaité mettre en avant le manque de preuves scientifiques permettant d’affirmer que l’usage de crème solaire diminue le risque de mélanome. N’étant pas lui-même dermatologue, il se basait dans son article sur une revue de la littérature scientifique publiée dans l’European Journal of Dermatology le 1er avril 2018. Cette étude conclut que les crèmes solaires n’ont pas d’incidence – positive ou négative – sur l’apparition de cancers cutanés. Par ailleurs, les études épidémiologiques montrent une augmentation des cas de cancers cutanés ces dernières décennies.

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Plus précisément, Bertrand Kiefer s’est intéressé au mélanome, cancer de la peau le plus dangereux – en particulier lorsqu’il se répand dans le corps par métastases. Il regrette l’inefficacité des messages de prévention, qui proposent un arsenal de mesures de protection, «mais qui ne sont pas hiérarchisées». «Entre ne pas s’exposer aux heures chaudes, se protéger par le port de vêtements couvrants ou se mettre de la crème solaire, la majorité des gens ne retiennent que la dernière option», souligne-t-il. Alors que c’est la mesure de prévention la moins fiable, elle est bien souvent la plus suivie par certaines personnes adeptes des bains de soleil à rallonge.

Le médecin regrette ainsi l’effet du marketing des entreprises cosmétiques, mais aussi la formulation du message d’acteurs tels que la Ligue suisse contre le cancer, et insiste: «C’est un devoir de dire à la population qu’on ne sait pas si les crèmes solaires sont efficaces contre les mélanomes.»

De toutes les mesures de prévention, les gens ne retiennent bien souvent que l’application de crème, qui est la moins fiable

Ne pas jeter les crèmes solaires à la poubelle

Les dermatologues du Centre hospitalier universitaire vaudois (CHUV) et des Hôpitaux universitaires de Genève se sont sentis obligés de réagir à cette prise de position, en particulier suite à son relais par de nombreux médias. «Des médecins généralistes et des patients se retrouvaient quelque peu déboussolés», explique Olivier Gaide, médecin au Département de dermatologie du CHUV. «C’est vrai qu’il y a des choses qu’on ne sait pas, mais ça ne justifie pas de jeter les crèmes solaires à la poubelle», poursuit-il.

Sans aller sur le terrain de la querelle d’experts, le praticien explique qu’une bonne partie du problème réside dans «le poids qu’on veut donner à chaque étude». Un argument assez difficile à expliquer au public. Quand le docteur Bertrand Kiefer martèle que «l’industrie devrait financer les études nécessaires» car elle en a largement les moyens, le docteur Gaide rappelle qu’il s’agit d’études «extrêmement complexes à mener» et qu’il en existe déjà de sérieuses. Alors, que retenir?

En tant que dermatologue, Olivier Gaide tient à rappeler qu’il y a aussi des choses que la médecine sait et peut affirmer. Il déroule sa démonstration: «Il n’existe aucun doute sur le fait que les UV induisent des cancers de la peau, y compris le mélanome. Les coups de soleil, en particulier pendant le jeune âge, sont liés au développement du mélanome. Or les crèmes solaires, utilisées dans les conditions recommandées, protègent des coups de soleil. On ne peut donc pas dire que ces produits n’apportent pas de bénéfice pour notre peau lorsqu’elle est exposée au soleil.» Il ajoute également que l’effet protecteur des filtres solaires pour éviter les cancers cutanés de type carcinomes baso- et spinocellulaires est démontré.

Soleil: à consommer avec modération

Finalement, les professionnels sont d’accord sur un point: la meilleure des protections est de limiter son exposition aux rayons du soleil, car en aucun cas l’application de crème n’offre un blanc-seing. «On le dit depuis des années: la première mesure de prévention, c’est d’éviter d’être au soleil aux heures les plus chaudes. La deuxième est la protection physique, par le port de vêtements», prescrit le médecin vaudois. Avant d’ajouter une règle absolue: «Les enfants de moins de 1 an ne doivent pas être exposés.»

Comme tant d’autres conseils pour éviter les risques de maladie, il faut donc s’astreindre à consommer le soleil avec modération. Et utiliser la crème solaire en solution d’appoint. «Car on préfère rester pragmatiques, explique le docteur Gaide, on ne veut pas dire aux gens d’arrêter de sortir.»

Les experts se rejoignent sur une autre nécessité: il faut développer une meilleure connaissance des maladies cutanées. Observer régulièrement l’ensemble de la surface de sa peau et, «si ça bouge, je me bouge», résume Olivier Gaide. Ne surtout pas se laisser anesthésier par la peur de la maladie, car les cancers de la peau sont d’autant mieux soignés qu’ils sont pris en charge tôt.

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