Les météorites martiennes sont probablement les cailloux les plus étudiés dans les laboratoires. Dans ces pierres éjectées de la Planète rouge lors de grands impacts, puis tombées sur Terre, les scientifiques scrutent les traces d'une éventuelle forme de vie sur Mars. Depuis quelques années, ils sont intrigués par des cristaux microscopiques de magnétite (un oxyde magnétique naturel du fer) qui sont emprisonnés dans la météorite ALH84001, un corps tombé en Antarctique. Des chercheurs de la NASA et d'autres laboratoires américains ont observé que ces minuscules aimants forment des chaînes identiques à celles que produisent certaines bactéries terrestres. Ils concluent, dans les Proceedings of the National Academy of Sciences du 27 février, que ces structures ont probablement été formées dans des micro-organismes vivant à la surface de Mars il y a4 milliards d'années.

La preuve? Les petits grains, alignés comme les perles d'un collier, ne se touchent pas. S'ils s'étaient assemblés par hasard, affirment les auteurs, ils auraient formé des agrégats informes. Autre indice: les cristaux individuels ont la même taille et la même forme que ceux que fabriquent certaines bactéries terrestres, dites «magnétotactiques», pour s'aligner vers le pôle à la manière d'une aiguille de boussole. Les auteurs excluent la possibilité que des unicellulaires aient pu coloniser le caillou après sa chute sur Terre, il y a quelque 13 000 ans: les structures se trouvent enfermées dans des globules de roche carbonatée aussi ancienne que la météorite elle-même.

Question controversée

«Ces recherches sont passionnantes, estime Claude-Alain Roten, chercheur à l'Institut de génétique et de biologie microbiennes de l'Université de Lausanne. Mais il faut rester prudent quant aux conclusions. L'observation d'un corps qui a séjourné aussi longtemps dans la glace a peu de chances de convaincre l'ensemble de la communauté scientifique de l'existence de fossiles d'origine martienne.» Car la question reste très controversée. En 1996, par exemple, des chercheurs ont cru voir, dans la même météorite, des fossiles de bactéries entières, beaucoup plus petites que leurs cousines terrestres. L'hypothèse n'a pas tenu: des êtres aussi minuscules n'auraient pas pu abriter les éléments indispensables à un métabolisme de type terrestre, même rudimentaire.

La question ne sera probablement pas tranchée avant une observation directe, par exemple sur des échantillons que la NASA compte ramener sur Terre en 2014 ou 2015. Ou alors sur une météorite fraîche que les scientifiques ne désespèrent pas de voir tomber à leurs pieds.