A voir l’expression angoissée de Franck Ribéry dans son caisson de cryothérapie, soumettre son corps à une température de –140 à –160°, même pendant 3 minutes, c’est dur. La cryothérapie est pourtant le nouveau dada des sportifs français, rugbymen et footballeurs en tête. Les Bleus ont fait grand battage autour de cette méthode lors de la préparation de l’Euro 2012. Même si le succès n’a pas été au rendez-vous, les cabines ont servi à la préparation de certains sportifs pour les JO de Londres. En Suisse, la Haute Ecole fédérale de sport de Macolin ne travaille pas avec cette thérapie. Et l’on renvoie les sportifs avides de froid à la «Kälte Kammer» du Centre de la douleur Cristal de Bad Ragaz. En ce qui concerne le sport, le grand froid appliqué pendant quelques minutes permettrait une meilleure récupération des blessures et améliorerait le sommeil des athlètes. Question de foi ou réalité scientifique? Analyse avec Jean-Luc Ziltener, responsable du Centre médical Swiss Olympic à Genève.

Le Temps: Est-ce que l’on utilise la cryothérapie pour les sportifs suisses de haut niveau?

Jean-Luc Ziltener: Pas à ma connaissance. Ce n’est pas tellement dans les mœurs en Suisse. La cryothérapie est relativement ancienne. On en parle depuis la fin des années 1980. Mais on manque d’évidences scientifiques sur l’efficacité de cette méthode dans le sport.

– La cryothérapie permettrait pourtant une meilleure récupération?

– Selon un article de synthèse*, cette méthode diminue la libération de médiateurs de l’inflammation (interleurkine). Il y a donc un effet anti-inflammatoire tout à fait net. Par contre, je n’ai vu aucune publication concernant une éventuelle amélioration du sommeil. Il n’y a pas non plus d’effet cumulé lorsque l’on multiplie les séances, au contraire l’organisme s’adapte.

– Est-ce que l’on obtient un effet dopant, comme une augmentation des globules rouges, grâce au choc thermique?

– Non, cela n’a aucun impact sur la production de moelle osseuse qui fabrique notamment les globules rouges transportant l’oxygène jusqu’aux muscles. Il n’y a pas d’effet non plus sur la production de cortisone ou sur celle d’autres hormones. Si ce n’est une petite diminution de la sécrétion des hormones sexuelles; la testostérone et certains œstrogènes. Ce phénomène irait d’ailleurs plutôt contre l’idée de récupération. Quant à l’effet immunostimulant, parfois évoqué, il n’est pas véritablement démontré.

– Y a-t-il des conséquences néfastes au traitement, sur le cœur par exemple?

– Il ne semble pas. Dans les cabines intégrales que j’ai vues à Capbreton, il y a une préparation au froid dans une préchambre, à –60°. Puis le sportif, qui est muni de gants, chaussettes, chaussures, bonnet, culottes, et d’un masque, passe deux minutes dans une chambre à – 120°. Les seules contre-indications sont les problèmes cardiaques et une sensibilité anormale au froid, des troubles de la circulation sanguine (phénomène de Raynaud). Le but est de faire descendre la température de la surface du corps d’environ 5°. La température interne ne change pas.

– Le froid est-il tout de même utile pour soigner les athlètes?

– Bien sûr, l’utilisation du froid pour soigner les blessures permet de réduire l’inflammation et les hématomes. Nous appliquons des poches de glace pilée ou, mieux encore, des sachets de petits pois congelés, qui épousent la forme de l’articulation bien mieux que les «cold packs». Cela pendant une vingtaine de minutes, cinq à six fois par jour et sur une peau protégée. Il ne faut pas le faire plus de trois jours car, après ce délai, il peut y avoir un effet paradoxal. Le froid, au lieu d’une vasoconstriction, provoque une dilatation des vaisseaux. Quant à la cryothérapie du corps entier, il me semble que si cela marchait, depuis le temps, cela se saurait et la méthode serait largement plus utilisée. * «Sports Med 2010: Whole-Body Cryotherapy in Athletes», Giuseppe Banfi, Giovanni Lo Lombardi, Alessandra Colombini and Gianluca Melegati, IRCCS Galeazzi, Milan, Italy.