A 1h14 et 23 secondes précisément (heure suisse), un vaisseau spatial s’est s’écrasé à une vitesse de 24 000 km/h sur un astéroïde, distant de la Terre de 11 millions de kilomètres. Ce n’est pas le scénario d’un accident, ou d’un film hollywoodien, mais une entreprise très sérieuse menée par la NASA. La mission DART («fléchette» en français), avait en effet pour but de tester l’idée que la trajectoire d’un astéroïde, potentiellement menaçant pour notre planète, peut être déviée en y projetant un engin avec suffisamment de vitesse.

La NASA elle-même a joué sur le côté cinématographique de l’expédition, en dévoilant une bande-annonce dramatique pour son suivi de l’événement. La caméra embarquée à bord du vaisseau, appelée Draco, a diffusé une image par seconde durant toute son approche. Les images sont arrivées sur Terre et ont été diffusées avec un délai d’environ 45 secondes.
On pouvait y distinguer clairement les cailloux sur la surface de l’astéroïde, juste avant que les images s’arrêtent.

Les équipes de la NASA, réunies au centre de contrôle de la mission dans le Maryland, aux Etats-Unis, ont explosé de joie devant les images prises juste avant la collision.

«Nous sommes embarqués dans une nouvelle ère, où nous avons potentiellement la capacité de nous protéger d’un impact d’astéroïdes dangereux», a déclaré Lori Glaze, directrice des sciences planétaires à la NASA.

L’astéroïde choisi pour la mission DART se nomme Dimorphos et mesure environ 160 mètres de diamètre. Il est en orbite autour d’un autre astéroïde, plus gros, Didymos (780 mètres de diamètre). Dimorphos fait actuellement le tour de Didymos en 11 heures et 55 minutes, à une distance d’environ un kilomètre. L’objectif de la mission est de réduire la durée de son orbite d’environ 10 minutes.

Le but de la mission de «défense planétaire» reste ainsi modeste comparé aux scénarios catastrophes de films de science-fiction comme Armageddon, «Je pense que les Terriens peuvent désormais dormir sur leurs deux oreilles, ce sera mon cas», a lancé Elena Adams, une ingénieure de la mission.

Lire aussi: DART, l’histoire d’une mission hollywoodienne qui a bien failli ne pas exister

«Nous changeons le mouvement d’un corps céleste naturel dans l’espace, l’humanité n’a jamais fait cela auparavant», a déclaré à l’AFP Tom Statler, chef scientifique de la mission. «C’est une chose sortie des livres de science-fiction, et d’épisodes de la série Star Trek quand j’étais enfant. Et maintenant, c’est réel.»

Pour trouver sa cible avec précision Draco n’était pas contrôlé depuis la Terre, mais se dirigeait de façon autonome durant les quatre dernières heures, à la manière d’un missile auto-guidé.

Plusieurs jours avant de savoir si la mission a fonctionné

Trois minutes après l’impact, un satellite de la taille d’une boîte à chaussures, appelé LICIACube et relâché par le vaisseau en amont, est passé à environ 55 km de l’astéroïde pour capturer des images de la scène, qui devraient être disponibles dans les heures suivant l’impact. L’événement a également été observé par les télescopes spatiaux Hubble et James Webb, qui devaient être en mesure de détecter le nuage de poussière brillant et ainsi aider à évaluer la quantité de matière éjectée.

Le changement de trajectoire pourra lui être mesuré par des télescopes sur Terre, en observant la variation de l’éclat lorsque le petit astéroïde passe devant le gros, mais le succès de la mission devrait prendre plusieurs jours à être confirmé.

Le vaisseau Draco, qui fait environ la taille d’une petite voiture, a été lancé dans l’espace en novembre dernier. En raison de sa taille réduite par rapport à celle de l’astéroïde, il a dû acquérir une vitesse importante, afin de pouvoir modifier de manière substantielle la trajectoire de sa cible.