Transition énergétique

David Hochschild: «Notre priorité est de consommer moins d’énergie»

Pour le président de la Commission californienne de l’énergie, le passage à une électricité neutre en carbone passe autant par les énergies renouvelables que par celles qui ne sont pas utilisées

En matière d’énergie, la Californie a les moyens. C’est ce qu’a voulu démontrer David Hochschild, le président de la Commission californienne de l’énergie jeudi en ouverture du Forum des 100 à Lausanne. L’Etat dispose sur son territoire des plus grandes installations mondiales de production d’énergies renouvelables.

La Californie a aussi de grandes ambitions, qui marquent son opposition à la politique énergétique de Donald Trump: en septembre dernier, un décret fixant l’objectif de rendre le bilan de l’électricité transitant par le réseau neutre en carbone d’ici à 2045 a été signé. Pour David Hochschild, cette transition énergétique incarne le plus grand défi auquel l’humanité doit faire face.

Le Temps: Vos objectifs sont audacieux. Comment pensez-vous réussir à les atteindre?

David Hochschild: Nous allons procéder de façon progressive. D’ici à 2026, 50% de l’électricité proviendra d’énergies renouvelables. Nous visons ensuite les 60% d’ici à 2030. Nous compterons par la suite aussi sur les centrales à gaz pour décarboner notre électricité.

Quelle est votre méthode pour que la population californienne adhère à votre projet?

Les Californiens sont soucieux de la qualité de leur air et de leur eau. Ils ont bien compris le projet et le soutiennent. Tous les ans, cela devient plus simple d’imposer les énergies renouvelables dans le mix énergétique. Elles sont de moins en moins chères. En 2000, alors que je travaillais dans le secteur de l’énergie solaire, le prix du kilowattheure s’élevait à 50 cents. Aujourd’hui, il ne coûte plus que 2 cents. Pour parvenir à s’affranchir entièrement du carbone, nous comptons sur un mix efficace entre le solaire, l’hydraulique, l’éolien, la géothermie et le gaz. Les signaux sont positifs et je suis optimiste.

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Comptez-vous sur le nucléaire?

Non. Sur les cinq centrales nucléaires que nous avions en Californie, la dernière sera démontée en 2025. Nous ne comptons pas sur le nucléaire dans notre mix énergétique.

Certains misent sur la possibilité de pouvoir stocker le CO2. Qu’en pensez-vous?

Pour moi, la meilleure technologie de stockage, ce sont les arbres. J’ai toutefois entendu parler de la société Climeworks, qui siège en Suisse, et je souhaite aller la visiter.

L’Etat relève de grands défis. Quel message souhaitez-vous transmettre aux Californiens? Votre objectif de neutralité carbone ne doit-il pas aussi passer par une réduction de la consommation?

Nous misons sur les énergies renouvelables pour satisfaire nos besoins d’avenir. Mais cela ne signifie pas que nous ne considérons pas le problème dans sa globalité. Notre priorité absolue est d’utiliser moins d’énergie, la seconde est de travailler sur l’efficacité énergétique. Nous sommes obligés de réfléchir davantage à notre consommation. Je suis en revanche certain que les énergies renouvelables peuvent nous procurer des conditions de vie aussi bonnes, voire meilleures que celles que nous avons aujourd’hui.

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Vous pariez aussi sur l’usage de voitures électriques. Or la construction de leurs batteries requiert l’usage de métaux rares tels que le cadmium ou le lithium…

Il est évident qu’il faudra trouver une solution. Toutefois, le sol californien possède des réserves de lithium que nous pourrons peut-être utiliser.

Vous avez évoqué la construction d’une voie ferrée destinée à un train à grande vitesse qui transitera entre Los Angeles et San Francisco. Quand cette ligne verra-t-elle le jour?

Contrairement aux énergies renouvelables, ce train coûte de plus en plus cher. Les coûts s’élèvent aujourd’hui à près de 73 milliards de dollars, si bien que le gouvernement a décidé de réduire la distance parcourue par deux. La population n’est pas enthousiasmée. Vous savez, il faut qu’un projet soit amené de la bonne manière au bon moment. Les panneaux solaires ont été installés par des personnes qui en ont fait le choix. Avec la collaboration et la volonté de la population, les démarches sont plus aisées.

La politique énergétique de votre Etat peut-elle servir d’exemple à la Suisse?

Il s’agit de contextes différents. La Californie est beaucoup plus grande et son économie est différente. Elle repose essentiellement sur les technologies. Les Californiens croient en l’innovation, les choses changent très vite. Pour moi, par exemple, les cleantechs sont l’avenir du high-tech. Nous devrons compter dessus.

Vous semblez avoir été sensible à la présence de jeunes manifestants avant votre présentation, ce jeudi matin.

Oui, je les ai remerciés d’être là. Pour moi, le changement passe par les jeunes. Ils incarnent la conscience de notre société.

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