Depuis exactement dix ans à la tête de l’EPFL, Patrick Aebischer a réformé l’institution «selon deux axes principaux», dit-il aujourd’hui: «les réformes internes, et l’élargissement du périmètre». La première mesure est la création de facultés (lire ci-dessus).

Assez rapidement aussi, la nouvelle direction instaure le système des prétitularisations conditionnelles («tenure track»), par lequel les jeunes chercheurs sont assurés de devenir professeurs au terme d’une période probatoire. Manière de revaloriser les fonctions en début de carrière, et de mieux attirer les chercheurs étrangers. Une soixantaine de chercheurs connaissent ce régime.

Dans la même logique, des écoles doctorales sont mises sur pied – là aussi, avec l’intention claire de capter des éléments prometteurs d’ailleurs. Peu spectaculaires, ces initiatives obéissaient à un plan d’ensemble souvent résumé à un slogan: le passage d’une école d’ingénieurs à une université technologique. Il fallait donc se doter des attributs d’une université.

L’élargissement du portefeuille a été mené au pas de charge, et pour cause: chahuté à son arrivée pour sa provenance, les sciences de la vie, Patrick Aebischer ne pouvait se permettre de temporiser, de risquer l’enlisement, qui aurait débouché sur une unité du vivant trop modeste dans l’ensemble du «Poly». Il crée donc d’emblée une Faculté des sciences de la vie, obtient les moyens de lui construire un bâtiment.

Coup de poker gagnant, il met la main, en juillet 2002, sur l’Institut suisse de recherche expérimentale sur le cancer, qui apporte une caution indiscutable. Les chercheurs sont désormais tous réunis sur le campus. Des embauches de chercheurs vedettes complètent le dispositif. Pour les sciences techniques et les développements industriels, l’ajout de la microtechnique , reprise à Neuchâtel, obéit au même principe.

Enfin, malgré la tactique conquérante qu’elles reflètent, ces manœuvres ne pouvaient se passer d’apports négociés avec les partenaires académiques. Projet auquel le patron dit «avoir toujours beaucoup tenu», l’ajout de sciences humaines et sociales dans les cursus bénéficie des professeurs de l’Université de Lausanne, ainsi que celle de Genève.

Outre le déploiement du campus, désormais acquis, le prochain grand défi de Patrick Aebischer portera sur la création d’une filiale , dans l’émirat de Ras al-Khaimah. Un pari sans doute plus risqué que les précédents.