Ce n’est pas encore tout à fait le Graal des astronomes qui a été mis au jour. Mais ceux-ci sont à bout touchant: une équipe internationale codirigée par Michel Mayor et ses collègues de l’Observatoire de l’Université de Genève, ont annoncé le 21 avril lors d’une conférence en Angleterre avoir découvert, autour de l’étoile Gliese581 située à 20,5 années-lumière de la Terre, une planète à peine deux fois plus massive que la Terre. Soit la plus légère jamais détectée! Ce qui porte à 346 le nombre d’exoplanètes recensées à ce jour.

Cette dernière, baptisée Gliese581- «e», fait le tour de son «soleil» en 3,15 jours seulement; elle est très probablement rocheuse. Mais, si proche de son étoile, elle ne se trouve pas dans la zone dite habitable (où l’eau peut exister à l’état liquide), rendant impossible tout développement de la vie telle qu’on la connaît.

Toutefois, lors de la même conférence, ces astronomes ont aussi annoncé, après avoir refait leurs calculs d’orbites, qu’une autre exoplanète voisine, Gliese581- «d», se trouvait bel et bien, elle, dans cette zone habitable; cette super-Terre, découverte en avril 2007, est lourde comme sept fois la Terre. «Mais il n’y a pas assez de matériel rocheux dans ce système pour que celle-ci en soit essentiellement constituée, précise Stéphane Udry, professeur à l’Observatoire de Genève. Comme cette planète est probablement née au-delà de ce qu’on appelle la «limite des glaces», on devrait y trouver de l’eau sous forme solide. Et puisqu’elle a migré vers son étoile, s’est créée une atmosphère, donc un effet de serre, à sa surface. Ainsi, celle-ci pourrait être recouverte d’eau. Ce qui fait de cet astre un excellent candidat au titre de planète-océan.»

Avec ces nouvelles découvertes, l’image se précise nettement concernant ce système planétaire: Gliese581, une naine rouge trois fois moins lumineuse que notre Soleil, brillant dans la constellation de la Balance et qui représente le 80% des étoiles les plus proches de la Terre dans notre Galaxie; et tournant autour: quatre exoplanètes, nommées «b», «c», «d» et «e», qui pèsent respectivement 16, 5, 7 et 1,9 masse terrestre, la dernière étant la plus proche de l’étoile.

Sœur de la Terre en 2014

Toutes ont été découvertes à l’aide de la méthode des vitesses radiales. Celle-ci permet de mesurer, dans la lumière qu’émet l’étoile, ses légers déplacements générés sous l’effet de la force d’attraction par des astres gravitant autour d’elle. Et donc de trahir leur présence. L’instrument – de construction genevoise – qui permet ces prouesses est le spectrographe HARPS, sorte d’analyseur de lumière stellaire installé sur un télé­scope de l’Observatoire européen austral (ESO), à La Silla, au Chili. «C’est le meilleur outil de ce type au monde, se réjouit Michel Mayor. Grâce à sa précision, et parce que l’on sait de mieux en mieux en tirer profit, on parvient à découvrir des exoplanètes de plus en plus petites. Et d’ici à un, voire deux ans, je pense que l’on va trouver une exoplanète de la masse de la Terre.»

Traqué avec HARPS, un tel astre ne pourrait être trouvé que très proche de son étoile, donc à nouveau hors de la zone habitable. Mais les astronomes planchent déjà sur un instrument beaucoup plus affuté: «Ce spectrographe, baptisé Espresso, et développé par un consortium piloté depuis l’Observatoire de Genève, sera installé sur le Very Large Telescope (VLT), au Chili, explique Stéphane Udry. La décision formelle de lancer ce projet sera prise au début de 2010. Mais je n’ai aucun doute qu’elle le soit, tant la chasse aux exoplanètes est un thème central. Les premières mesures pourraient être acquises dès 2014.» De quoi permettre de débusquer cette fois, très probablement, la petite sœur de la Terre dans cette fameuse zone habitable. Et de rendre plus brûlante encore la question d’une possible vie extraterrestre.