Alors que le SARS-CoV-2 accapare les esprits de la planète entière depuis plusieurs mois déjà, un autre virus a été mis sur le devant de la scène, ce lundi 5 octobre. Le très attendu Prix Nobel 2020 de physiologie et de médecine récompense en effet deux Américains et un Britannique, Harvey J. Alter, Charles M. Rice et Michael Houghton, pour leur découverte du virus de l’hépatite C.

Particulièrement sournois lui aussi, le virus de l’hépatite C, qui se transmet par le sang, s’installe de manière insidieuse dans les cellules du foie où il peut passer inaperçu durant plusieurs semaines, voire plusieurs années, grâce à un habile mécanisme de camouflage lui permettant de ne pas être reconnu du système immunitaire. Lorsqu’il se manifeste, ce dernier peut générer des formes bénignes de la maladie, mais aussi des atteintes chroniques, ou de graves complications comme des cirrhoses ou des cancers du foie.

En Suisse, on estime qu’environ 1% de la population est infectée par le virus de l’hépatite C, soit 75 000 personnes. A l’échelle mondiale, 71 millions d’individus seraient porteurs chroniques de l’hépatite C, selon l’Organisation mondiale de la santé. 390 000 personnes seraient en outre décédées des complications de cette pathologie en 2016, dont les principaux facteurs de risque sont les transfusions sanguines qui n’auraient pas fait l’objet d’un dépistage, le partage de seringues, ou les interventions avec des instruments non ou insuffisamment stérilisés.

Trois contributions majeures

Une fois ce tableau dressé, revenons aux mérites respectifs des trois lauréats de cette année. Première étape: l’identification d’un nouvel agent infectieux. Nous sommes dans les années 1970 et Harvey J. Alter, qui travaille alors au US National Institutes of Health, étudie l’occurrence d’hépatites chez des patients bénéficiant de transfusions sanguines. Malgré des tests permettant d’écarter le risque de contracter une hépatite A ou B, un certain nombre de patients développent encore la pathologie, de manière inexpliquée.

Face à ce qui demeure un mystère, le virologiste et son équipe parviendront non seulement à montrer que le sang des patients infectés est en mesure de contaminer des singes, mais aussi que l’agent infectieux a toutes les caractéristiques d’un virus et qu’il est à l’origine d’une nouvelle forme d’hépatite, appelée initialement hépatite «non-A et non-B».

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L’apport de Michael Houghton survient dans les années 1990. Alors qu’il officie pour l’entreprise de biotechnologie Chiron Corporation, en Californie, ce dernier réussit à isoler la séquence génétique du virus de l’hépatite C grâce à des fragments d’ADN d’acides nucléiques collectés dans le sang de chimpanzés infectés. Ces travaux conduiront notamment au développement d’un test de dépistage sanguin en 1990, depuis utilisé de manière généralisée avant chaque transfusion.

Quant à Charles M. Rice, professeur de virologie à la Rockefeller University à New York, ses recherches moléculaires sur l’hépatite C lui ont notamment permis de démontrer qu’une forme clonée du virus était capable de se répliquer mais aussi de provoquer une maladie, répondant ainsi à la question de savoir si cet agent infectieux pouvait à lui seul causer des cas d’hépatites transfusionnelles.

Cycle complet

«C’est une magnifique nouvelle et une récompense méritée pour ces trois chercheurs, s’enthousiasme le professeur Darius Moradpour, chef du service de gastroentérologie et d’hépatologie du CHUV, à Lausanne. Il s’agit là d’un très joli cycle allant de la reconnaissance initiale d’un nouveau virus à sa découverte et la mise au point de tests de dépistage qui ont contribué à éliminer l’hépatite post-transfusionnelle dans de nombreuses régions du monde. Puis à l’isolation, pour la première fois, de la séquence moléculaire complète et fonctionnelle du virus. Sans compter que ces travaux ont également contribué à la mise au point de médicaments antiviraux.»

En effet, les recherches de Rice jointes à celles du virologue moléculaire allemand Ralf Bartenschlager et du chimiste américain Michael J. Sofia, tous trois récipiendaires du prestigieux Prix Lasker en 2016 (que l’on considère comme une antichambre des Nobels), ont permis le développement rapide de médicaments antiviraux dirigés contre l’hépatite C, à l’image du sofosbuvir, connu pour ses résultats spectaculaires mais aussi son prix initialement très élevé.

«Si les mécanismes de la réplication virale sont aujourd’hui bien connus et que l’on possède des traitements efficaces, il reste encore du travail, pointe Darius Moradpour. Notamment afin de pouvoir identifier plus précocement les personnes touchées avant qu’elles ne développent des complications, mais aussi pour permettre à des régions du monde moins bien servies que la nôtre de pouvoir avoir accès aux médicaments.»