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Dans le film «Matrix», le héros Neo voit passer deux fois le même chat dans un cadre de porte. Une forme de «déjà-vu» captée par la pellicule dont se souviennent encore ceux qui ont vu le film de Lana et Lilly Wachowski, sorti en 1999. 
© DR

Neurosciences 

Le déjà-vu défie les méthodes scientifiques

La science demeure incapable d’expliquer le phénomène de déjà-vu. Outre un manque de connaissances sur les mystères du cerveau, ce sont aussi des lacunes dans les outils d’analyse qui retardent l’enquête

Marcher dans la rue puis d’un seul coup, être saisi de cette sensation étrange. L’impression d’avoir déjà vu la scène et d’en connaître par avance les moindres détails. Le sentiment est surprenant, inqualifiable, suscitant souvent l'incrédulité. Plus de deux personnes sur trois prétendent en avoir déjà fait l’expérience, mais aucune théorie ne semble être en mesure de l’expliquer. Tour d’horizon des idées scientifiques face à la question.

En l’an 300, le philosophe saint Augustin, se questionnait déjà sur le sujet. Certains écrits parlent ensuite de communion avec les ancêtres, d’autres de rêves prémonitoires, ou encore des souvenirs erronés. On doit d’ailleurs l’introduction du terme déjà-vu au médium – et philosophe – français Michel Boirac, en 1876. Plus récemment, c’est à la neurologie de suggérer des explications. Finie la subjectivité, place à l’expérimentation.

Mais alors, comment étudier un phénomène irrégulier que l’on ne peut ressentir sur commande? «Chez les personnes atteintes d’épilepsie, le phénomène de déjà-vu est régulièrement annonciateur d’une crise», explique Serge Vulliémoz, neurologue aux hôpitaux universitaires de Genève (HUG). Cette dernière se produit lorsqu’une trop forte activité électrique empêche le fonctionnement normal d’un groupe de neurones.

Court-circuit neuronal

Dans ce cas, «la région cérébrale souvent affectée est celle de l’hippocampe ainsi que ses structures voisines du lobe temporal», commente le neurologue. L’hippocampe, appelé ainsi en raison de sa forme, est l’endroit où les souvenirs sont encodés afin de les stocker à long terme dans la mémoire. Cette sensation de familiarité serait donc bien cérébrale et plus précisément liée au processus de mémorisation. «Une crise agit comme un court-circuit qui pourrait libérer accidentellement de l’information stockée dans l’hippocampe et créer ce sentiment de déjà-vu», détaille Serge Vulliémoz.

Pourtant, les observations faites par les scientifiques sont très rares et ne suffisent pas à comprendre le phénomène. Une des difficultés étant que l’hippocampe est profondément enfoui dans le cerveau. «Sur certains patients avec des épilepsies sévères, on pose des électrodes intracérébrales. Ce n’est qu’à ce moment-là qu’on peut observer exactement l’activité électrique de l’hippocampe», ajoute le chercheur.

Avec la subjectivité, les choses se compliquent

Reste donc à étudier les déjà-vu sans ouvrir le cerveau. «On est alors obligé de se baser sur ce que dit le patient. Donc, en ce sens, la recherche est en partie subjective», commente Serge Vulliémoz. C’est là que les choses se compliquent pour les scientifiques, qui manquent encore de méthodes satisfaisantes pour identifier les déjà-vu.

Dans une étude d’avril 2016, parue dans la revue en ligne Plos One, une équipe franco-anglaise l’a bien rappelé. Les chercheurs ont montré des objets aux participants avant de les questionner sur une éventuelle impression de déjà-vu. Ils ont, entre autres, démontré que la manière de poser la question influe sur la réponse.

Ainsi, avec une question rétrospective (montrer un objet puis demander au sujet s'il a une impression de déjà-vu?) - souvent employée dans ce genre d’étude -, le taux de réponse positive est plus élevé que lorsqu'on soumet une série d'objets aux «cobayes» en leur donnant comme consigne (une seule fois, en amont) d'indiquer s'ils expérimentent une impression de déjà-vu à un moment ou à un autre de l'exercice. Et les auteurs de recommander à leurs confrères ce deuxième type de questions pour étudier le phénomène.

Du déjà-vu au déjà-vécu

«Cette étude méthodologique est bien faite. Mais elle est basée sur une définition incomplète du déjà-vu», commente Art Funkhouser, psychothérapeute à l’Institut C. G. Jung de Zurich. «Selon mes expériences, l’impression de déjà-vu est toujours liée à un sentiment de sursaut et d’étonnement, ce qui n’est pas le cas dans l’expérimentation faite par ces chercheurs.»

Si les scientifiques ne sont pas d’accord sur la définition, cela ne va pas leur simplifier la tâche. Pour Serge Vulliémoz, «ce qui est appelé déjà-vu est bien plus vaste que ce que l’on veut bien croire. On devrait plutôt dire un déjà-vécu», sorte de souvenir qui englobe plusieurs sens, vue, odorat, ouïe, goût, etc.

«La recherche n’avancera pas si on veut croire que le déjà-vu est uniquement visuel», ajoute le spécialiste zurichois. «Chercher à comprendre le déjà-vu comme un seul phénomène n’ayant qu’une explication est une cause perdue d’avance. Il faut avoir une vision plus vaste et ne pas se limiter», soutient Art Funkhouser. Comme quoi, il n'est pas aisé d'étudier scientifiquement des phénomènes par nature subjectifs.

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