Plus chaud, plus sec, avec moins de neige et davantage de précipitations extrêmes: voilà, en quatre grandes tendances, à quoi ressemblera le climat de la Suisse dans une quarantaine d’années. C’est ce qui ressort des nouveaux scénarios climatiques pour la Suisse CH2018, présentés mardi 13 novembre lors d’une conférence de presse à l’Ecole polytechnique fédérale de Zurich (EPFZ). 

Elaborés par des experts de MétéoSuisse et de l’EPFZ sur mandat de la Confédération, ces scénarios s’appuient sur l’observation du climat actuel et sur des simulations issues de 21 modèles informatiques différents. Le rapport vient confirmer des phénomènes déjà identifiés dans de précédentes analyses publiées en 2007 et en 2011, mais offre une précision accrue. Il confirme par ailleurs l’intérêt de mener une politique climatique ambitieuse, pour éviter les effets les plus marqués du réchauffement.

1. Aujourd’hui déjà, des conséquences sont perceptibles

«En Suisse, le réchauffement du climat se fait déjà clairement ressentir, souligne Andreas Fischer, climatologue à MétéoSuisse et chef du projet scénarios climatiques CH2018. Les températures moyennes y ont augmenté d’environ 2°C depuis 150 ans, soit deux fois plus que la moyenne mondiale.» Le rapport souligne que neuf des dix années les plus chaudes jamais enregistrées en Suisse sont survenues au XXIe siècle. Parmi les conséquences de ce réchauffement, le volume des glaciers a diminué de près de 60% depuis le milieu du XIXe siècle. Quant au nombre de jours de neige à 2000 mètres d’altitude, il a baissé de 20% depuis 1970.

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2. Demain, la chaleur va encore s’accentuer l’été…

Les nouveaux scénarios climatiques CH2018 montrent que le mercure continuera à grimper en Suisse, en particulier si rien n’est entrepris pour enrayer le dérèglement du climat. Dans ce cas, les températures moyennes augmenteront de 4,5°C en moyenne pendant la saison chaude. Les températures maximales seront encore plus marquées: en 2060, la température des journées les plus chaudes de l’été pourrait augmenter de 5,5°C par rapport à aujourd’hui. Les conditions caniculaires de l’été passé et de celui de 2003 ne seraient alors plus l’exception, mais la norme.

La population citadine risque de souffrir. «Les modèles climatiques ne prennent pas en compte le phénomène des îlots de chaleur qui se forment dans les zones urbanisées, où les températures grimpent plus haut qu’à la campagne, relève Reto Knutti, climatologue à l’EPFZ. Cela signifie que les habitants des villes seront exposés à des chaleurs encore plus intenses que celles mentionnées dans nos scénarios, en particulier la nuit.» Ces canicules iront de pair avec une sécheresse estivale accrue, particulièrement dans l’ouest et le sud du pays. En cause, la raréfaction des précipitations pendant les mois d’été mais aussi une évaporation plus forte au niveau des sols.

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3. Et la neige va encore se raréfier l’hiver

Les températures ne vont pas seulement continuer à grimper en été: les hivers, aussi, seront de plus en plus doux. D’ici au milieu du siècle, si aucune mesure n’est prise contre les changements climatiques, l’isotherme du zéro degré moyen pourrait s’élever jusqu’à 1500 mètres au-dessus du niveau de la mer pendant les mois froids, contre 850 mètres environ actuellement.

Avec une réduction globale des émissions de gaz à effet de serre, nous pourrons éviter une partie considérable des changements climatiques attendus

Andreas Fischer, climatologue à MétéoSuisse

Les nouveaux scénarios climatiques anticipent globalement une augmentation des précipitations d’ici à 2060, particulièrement en hiver. Ce qui s’explique notamment par le fait que l’air chaud est capable d’absorber davantage d’humidité. Des précipitations extrêmes plus fréquentes pourraient causer de nombreux dégâts.

Du fait de la hausse des températures, ces précipitations prendront plus souvent la forme de pluie que de neige. «La couverture neigeuse va se réduire de manière très nette, en particulier au printemps et dans les régions de basse altitude», affirme Reto Knutti. La majorité des sites alpins connaîtra aussi une baisse d’enneigement. Mais cela ne signifie pas qu’il n’y aura plus jamais d’hivers fortement enneigés, car les chutes de neige sont très influencées par des phénomènes locaux et peuvent varier fortement d’une année sur l’autre.

4. L’action climatique serait clairement bénéfique

Les résultats détaillés ci-dessus correspondent à un scénario dans lequel rien n’est fait pour enrayer le réchauffement. Mais dans leurs modèles, les scientifiques ont aussi envisagé le cas où des mesures drastiques de réduction des émissions de gaz à effet de serre seraient prises au niveau mondial, afin de contenir le réchauffement global à 2°C par rapport à l’ère préindustrielle, comme cela est prévu par l’Accord de Paris de 2015.

«Il en ressort un résultat préoccupant et un autre positif, commente Andreas Fischer. D’un côté, même avec ces efforts, la Suisse continuera à se réchauffer. Nous devons donc nous adapter aux changements climatiques. D’un autre côté, avec une réduction globale des émissions de gaz à effet de serre, nous pourrons éviter une partie considérable des changements.»

Une politique climatique adaptée permettrait d’échapper à la moitié des changements mentionnés plus haut d’ici au milieu du XXIe siècle, estime le nouveau rapport. La température estivale moyenne augmenterait tout de même en Suisse mais «seulement» de 1,5°C. Les sécheresses et canicules estivales, les fortes précipitations et la réduction du couvert neigeux seraient aussi moins marqués.

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5. Que faire?

«Ces résultats doivent nous inciter à nous rapprocher au maximum du deuxième scénario, qui limite les dégâts. Si on souhaite y parvenir, il faudra stopper presque totalement les émissions de gaz à effet de serre dans le monde dans la seconde partie de ce siècle. Ce qui ne dépend pas que de la politique suisse, bien entendu», souligne Reto Knutti.

Les nouveaux scénarios CH2018 serviront de base à l’élaboration de la stratégie fédérale d’adaptation aux changements climatiques. Les climatologues espèrent que leurs données seront utilisées plus largement par les différents secteurs économiques concernés par les changements climatiques, qu’il s’agisse de l’agriculture, du tourisme ou de la construction, entre autres. La plateforme web ch2018.ch offre ainsi gratuitement de nombreuses données sur l’évolution du climat dans les grandes régions que sont le Jura, le Plateau, les Préalpes, les Alpes et le sud des Alpes.

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