Après Villars dans le canton de Vaud, c’était au Valais de déclarer vendredi vouloir «un dépistage ciblé et répétitif des personnes asymptomatiques dans des situations présentant un risque accru de contagion». En clair, sauver ce qui peut l’être de la saison de ski.

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L’expérience valaisanne, si tant est qu’elle ait lieu, rappelle d’autres cas similaires en Europe. En novembre dernier, la Slovaquie a mené une vaste campagne de dépistage du coronavirus auprès de deux tiers de sa population de 5,5 millions d’habitants. En décembre, c’était l’Autriche qui s’y mettait, sur un modèle similaire. L’expérience, renouvelée en janvier, a attiré environ 2 millions de personnes pour un dépistage, sur une population d’un peu moins de 9 millions.

Pour le professeur Didier Trono, responsable de la plateforme testing de la task force scientifique suisse, «le succès de ce genre d’initiatives, qui relèvent plus d’opérations ponctuelles que du dépistage de masse, dépend fortement du consentement de la population, ce qui n’est pas acquis, comme l’expérience autrichienne l’a rappelé». Le pays a depuis abandonné cette stratégie.

A Villars, 1143 personnes ont fait le déplacement, pour 23 cas diagnostiqués positifs. Un chiffre conséquent, pour une population de 1500 habitants, mais qui reste sans doute une goutte d’eau comparé au brassage qui a lieu les week-ends. «C’est très encourageant, a déclaré le médecin cantonal vaudois Karim Boubaker lors du point presse de l’Office fédéral de la santé publique le 9 février. Nous en tirerons les conclusions quand l’expérience sera terminée.» D’autres stations de ski vaudoises doivent faire de même dans les semaines qui viennent.

Logistique importante

Il ne suffit pas d’explorer les narines des volontaires: un suivi est impératif, rappelle Didier Trono: «Cette stratégie permet de diagnostiquer des personnes contagieuses à un instant donné, mais rien ne garantit que les personnes ayant un résultat négatif n’étaient pas en fait infectées, mais avec une charge virale trop faible pour être détectée.» Pour être efficaces, les tests doivent donc être répétés, ce qui multiplie les coûts, les besoins en personnel et toute la logistique. Un professionnel formé peut tester environ 12 personnes par heure soit 80 par jour, calcule Didier Trono. Le dépistage de masse demande des moyens extraordinaires.

Après un résultat positif, le traçage des contacts doit ensuite être à la hauteur du nombre de cas. Vendredi, 128 cas positifs étaient déclarés dans le Valais. Un nombre bien plus élevé serait attendu en cas de dépistage massif. Les enquêteurs seront-ils assez nombreux pour retrouver tous les cas contacts?

Et ce n’est pas tout. «Même en cas de succès, un important brassage de la population après la campagne – comme on peut le craindre dans une région touristique – risque d’aboutir à de nouveaux clusters de cas, comme cela a été constaté dans les Grisons», qui ont mené une campagne similaire, ajoute Didier Trono.

«Il ne faut pas blâmer ce genre d’initiatives, si on peut les mener, pourquoi pas. On verra bien si les tests de masse pratiqués à Villars auront ou non un impact sur la situation épidémiologique du canton de Vaud», conclut le professeur.