Du rouge à l’or, les couleurs flamboyantes des feuilles des arbres ont agréablement accompagné les températures extrêmement douces de l’été indien qu’a connu la Suisse romande cette année. L’automne météorologique, différent de l’automne calendaire, a commencé le 1er septembre et se terminera ce dimanche 30 novembre. L’heure donc pour les météorologues de faire le bilan de ces trois derniers mois dont les températures moyennes ont atteint des records et de se pencher sur les prévisions de l’hiver à venir. Y aura-t-il de la neige à Noël? Rien ne semble sûr.

«Les premières projections montrent que l’automne météorologique a été exceptionnel en termes de températures», affirme Didier Ulrich de MétéoSuisse. Pour Genève, il s’agit du deuxième automne le plus chaud depuis 1864. Le premier étant l’automne de 2006. La hausse par rapport à la norme est de 2,1 °C sur l’ensemble des trois mois. Une observation qui s’étend à d’autres stations de Suisse romande. Ainsi Sion a connu son automne le plus chaud depuis le milieu du XIXe siècle avec près de 2,7 °C de plus que la norme. En altitude, il en va de même, puisque La Chaux-de-Fonds a aussi vécu son deuxième automne le plus chaud depuis 1901. «L’écart à la norme atteint plus de 2 °C voire presque 3 °C dans certaines régions, ce qui est énorme», commente Vincent Devantay de MeteoNews qui confirme le caractère exceptionnel de la douceur des trois derniers mois.

Les températures maximales d’octobre et de novembre ont atteint les 25 °C dans les régions les plus chaudes de Suisse romande. Comme Sion où il a fait jusqu’à près de 26 °C en octobre, de même qu’à Saint-Maurice.

Alors que l’été «pourri», mal vécu par les vacanciers, s’est démarqué entre autres par un déficit moyen d’ensoleillement de 20% (Lire LT du 29.08.2014), le soleil a brillé jusqu’à 30% de plus que la moyenne durant septembre et octobre dans nos régions. Les valeurs ne sont pas encore disponibles pour le mois de novembre. «Il semble y avoir une tendance à la baisse d’ensoleillement pour ce mois-ci», précise Didier Ulrich.

Ces conditions extrêmement favorables à la promenade en plein air sont dues à une situation dite «de sud» par les météorologues, et qui est restée la même pendant plusieurs semaines. «L’air chaud et chargé d’humidité provenant de la péninsule Ibérique et de la Méditerranée remonte par le sud jusqu’au sud des Alpes, explique Didier Ulrich. Les précipitations ont du mal à passer la crête des montagnes et restent bloquées, ce qui assèche les régions au nord des Alpes avec la formation de foehn. Typiquement, l’ouest de la Suisse et le Valais connaissent un temps très doux mais sec alors que le Tessin, plus exposé, est plus humide.» Le foehn se forme grâce à l’air méditerranéen qui monte les montagnes des Alpes en perdant des degrés et de l’humidité et redescend les crêtes alpines en se réchauffant.

L’été indien ne s’est pas fait sentir seulement en Suisse. Météo-France a annoncé dans un communiqué que l’automne avait été «exceptionnellement chaud» dans l’Hexagone, le deuxième plus chaud depuis 1900, dû à «la persistance du flux de sud dominant, avec des maximales supérieures à 20 °C sur la moitié sud du pays». Comme dans le Tessin, plus exposé aux précipitations, le sud de la France a connu des pluies très abondantes. L’agence allemande de météorologie a également rapporté un mois d’octobre inhabituellement clément, le troisième plus chaud depuis 1881. Il semble même que la hausse de la température moyenne concerne une zone géographique plus étendue. L’Organisation météorologique mondiale précise sur son site internet que «les températures élevées d’octobre ont concerné tant les terres émergées que la surface des océans, avec une répartition homogène entre les deux hémisphères».

Est-ce que l’hiver se fera bientôt ressentir? Oui, selon les météorologues, qui annoncent une chute des températures dès lundi. «Le temps va très nettement se refroidir, avec 10 à 15 °C en moins, et une situation de bise qui soufflera du nord», explique Didier Ulrich. «Mais on ne peut pas dire si ce phénomène s’installera de manière durable ou si le flux de sud persistera encore», tempère Philippe Jeanneret, prévisionniste à la RTS. Les premières tendances saisonnières de MétéoSuisse pour les mois de décembre à février, basées sur des modèles climatiques, indiqueraient en effet que l’hiver sera plus doux que la norme avec une température moyenne de 2,6 °C plus haute. «Selon ces prévisions, un hiver froid paraît peu vraisemblable en Suisse romande», affirme l’expert de MétéoSuisse.

Mais cela n’empêche en rien d’espérer glisser sur les pistes à Noël. Selon Didier Ulrich, même avec un hiver doux, «il pourra y avoir beaucoup de neige en haute altitude, cela dépendra plutôt des précipitations». Et l’expert d’ajouter que «la météorologie n’a pas de mémoire» et que les conditions actuelles ne reflètent pas celles à venir. «Il y aura toujours la solution des canons à neige, en espérant que l’humidité arrive.»

En attendant que le froid descende sur nos têtes dans les jours à venir, on peut profiter d’observer les dernières fleurs de la saison. Les végétaux, comme les hommes, ont repoussé au plus tard leur plongée dans l’hiver. Selon Regula Gehrig, spécialiste des rythmes de la végétation à MétéoSuisse, quelques anémones des bois, comme certaines roses des jardins, continuent de fleurir. Les phases de colorations et de chute des feuilles d’arbres ont aussi été prolongées. «Cette situation n’est pas fréquente mais n’a pas d’incidence particulière», précise l’experte. Bientôt les pétales de fleurs et les dernières feuilles dorées des arbres tomberont, bouclant leur cycle naturel.

«Il pourrait y avoir beaucoup de neige en haute altitude, cela dépendra des précipitations»