Si le calendrier, encore provisoire, de la destruction de la station spatiale russe est respecté, la manœuvre visant à faire rentrer les 137 tonnes de l'ensemble orbital dans l'atmosphère commencera autour du 10 mars. Le vaisseau spatial – dont l'orbite s'est dégradée de 200 à 600 m par jour depuis quelques mois en raison du regain d'activité solaire de cette année – évolue maintenant autour de 250 km d'altitude. Il est stabilisé avec, à l'avant, Progress M1-5 dont les moteurs sont orientés dans le sens opposé à la marche. Le TsUP, le centre de contrôle proche de Moscou, commande une première mise à feu de quelques minutes de ces moteurs; cela suffit à ralentir de quelques mètres par seconde la vitesse de l'attelage qui pèse 137 tonnes. De quasi circulaire, l'orbite va devenir elliptique et donc s'aplatir, avec un périgée (le point le plus bas de l'orbite) de plus en plus proche de la Terre.

Le lendemain, on répète l'opération deux, voire trois fois et le périgée passe en dessous de 100 km tandis que l'apogée (le point le plus haut de l'orbite) est encore de 200 km environ. La fin est proche.

Lors d'un dernier passage au-dessus de l'Afrique du Nord et de la Méditerranée, une nouvelle mise à feu ordonnée par Moscou (que Mir va survoler une ultime fois quelques minutes plus tard) va engager la station sur une pente inclinée d'à peine 1 degré en direction du sol de la planète; l'angle est trois fois moins prononcé que celui d'un avion de ligne à l'atterrissage, mais cela suffit pour que l'engin ne rebondisse pas sur l'atmosphère comme un galet sur le miroir d'un étang. A 120 km d'altitude, c'est le premier contact avec un air encore très raréfié mais de plus en plus dense à mesure que l'altitude baisse.

«Toute la station ne va pas se consumer en franchissant la barrière thermique», explique le Suisse Walter Flury, chef du Service d'analyse de mission de l'Agence spatiale européenne à Darmstadt, en Allemagne. «Entre 20 et 40 tonnes de débris incandescents vont tomber dans le Pacifique et comme l'angle est très faible, la zone d'impact de ces débris est très étendue, plusieurs milliers de kilomètres de long sur 2000 de large.» Heureusement, le Pacifique est vaste et il y a toute la place voulue entre la Nouvelle-Zélande et le Chili, par approximativement 47 degrés de latitude sud et 140 degrés de longitude ouest.

Les immenses et délicats panneaux solaires sont les premiers à faire les frais de la rencontre avec l'atmosphère de plus en plus dense, vite suivis par les antennes et les superstructures d'aluminium incapables de supporter des températures supérieures à 1500 degrés. Les forces s'exerçant de manière différenciée sur la station vont ensuite provoquer la dislocation des six éléments principaux (le module central, les deux Kvant, Kristall, Spektr et Priroda) qui la composent.

Impossible de dire à l'avance ce qui pourrait survivre aux températures lors de la rentrée dans l'atmosphère. Certainement les pièces en titane, dont les métallurgistes russes du secteur aérospatial se sont fait une spécialité et qu'ils ont généreusement réparties dans les structures les plus sollicitées comme les nœuds d'amarrage, ainsi que les composants renforcés de fibres de carbone. Ces éléments, relativement légers, sont quelque peu freinés par l'atmosphère et tombent au début de la zone d'impact; au contraire, les équipements fabriqués dans des métaux lourds (les volants des girodynes chargés de contrôler l'orientation de la station, par exemple) poursuivent plus longtemps leur route puisque leur trajectoire est plus tendue.

La zone d'impact prévue devrait être libérée de tout trafic maritime et aérien par un Notam, notice d'avertissement destinée à l'aviation et à la marine civiles, publiée quelques jours avant la désorbitation. Mais pour surveiller l'événement, dont les Russes ont la seule responsabilité, il y aura foule: les militaires américains et leurs équipements de détection, mais aussi la NASA, l'Agence spatiale européenne (ESA), le Centre national français d'études spatiales (CNES) qui, tous, ont participé avec leurs astronautes et spationautes ainsi qu'avec leurs expériences à cette fantastique aventure qu'aura été Mir.

Et si les moteurs de Progress ne fonctionnaient pas, ou mal? Là encore, c'est le TsUP qui devra trouver une solution de remplacement. «Dans l'hypothèse où la station Mir ne serait pas parfaitement contrôlable et tomberait sur des zones habitées, explique Walter Flury (comme ce fut le cas avec Saliout 7 dont des débris étaient tombés en Amérique du Sud en 1991, ndlr), il ne resterait qu'à avertir les gouvernements des pays situés dans la trajectoire. Ce sont eux qui devront prendre leurs dispositions…» Pour les Suisses, ce pourrait être l'occasion d'utiliser enfin pour de vrai les abris de la protection civile. Mais les risques sont minimes, pour ne pas dire nuls.