«Go Endeavour!» Les encouragements des banderoles aux couleurs américaines qui bardent le pas de tir du Kennedy Space Center n’auront pas été entendus: le lancement de la navette spatiale, prévu vendredi, a été repoussé d’au moins trois jours, a indiqué vendredi Mike Leinbach, directeur du lancement à la NASA. Les centaines de milliers de spectateurs venus assister à cet avant-dernier vol du vaisseau trentenaire, dont Barack Obama et sa famille ainsi qu’une délégation de Genève, attendront. Le président américain, le premier à visiter le centre spatial depuis 1998 et le vol du vétéran John Glenn (âgé alors de 77 ans), en a cependant profité pour faire une visite des installations avec son épouse et ses deux filles.

Le compte à rebours a été arrêté environ trois heures avant l’heure de décollage prévue (15h47 locales). En cause, un signal indiquant le dysfonctionnement du système de refroidissement d’une des deux unités d’alimentation électrique d’appoint, qui actionnent les commandes hydrauliques. Autrement dit, c’est la navigation de l’engin qui pouvait s’en trouver compromise. Il faudra au moins trois jours pour identifier les causes du problème, et le résoudre. Un ennui qui n’est pas lié à la «vieillesse» de la navette, ce genre de pièces étant constamment changées. Les ingénieurs ne savent pour l’instant pas encore s’il s’agit d’un simple thermostat à remplacer, ou de toute une partie de électrique de la navette à modifier, ce qui pourrait demander plus que trois jours.

Stratégie visée

La navette emporte dans sa soute le spectromètre AMS. Cet instrument doit être installé sur la Station spatiale internationale. Il traquera les particules d’antimatière qui auraient été générées lors du Big Bang (lire LT du 27.04.2011). Concentré de technologie à 1,5 milliard de dollars, son «cœur» (une partie appelée «silicon tracker») a été construit à l’Université de Genève, avec un budet d’environ 5 millions de francs. «Cela fait 15 ans que je travaille sur ce projet», confiait peu avant le décollage Martin Pohl, professeur de physique à l’Université de Genève, qui se réjouissait de voir aboutir tant d’années d’attente. Et d’expliquer en détails: «Mardi dernier, lorsque nous avons vu le détecteur pour la dernière fois, il fonctionnait bien. Mais il se peut qu’à cause des vibrations dues au décollage, nous devrons «réaligner» quelques éléments une fois dans l’espace. En principe, nous devrions pouvoir acquérir les premières données quelque huit heures après l’envol déjà.»

Les physiciens genevois patienteront donc avant de le voir percer les énigmes de l’origine de l’Univers. Comme celle visant à expliquer pourquoi il n’existe aujourd’hui plus que de la matière et plus d’antimatière, les deux entités ayant toutefois probablement dû être générées en quantité égale lors du Big Bang. Ou celle voulant mieux comprendre la nature de ces mystérieuses matière et énergie sombres, encore largement inconnues, mais qui occuperaient près de 96% de l’Univers.

Quoi qu’il arrive, «on ne peut que se féciliter qu’un groupe de recherche suisse soit à la pointe mondiale dans une telle expérience. C’est exactement la stratégie que nous visons: identifier des positions de niche à occuper dans des marchés très compétitifs», a déclaré Daniel Neuen­schwander, responsable des affaires spatiales au Secrétariat d’Etat à l’Education et la Recherche, qui accompagnait la délégation genevoise venue soutenir les efforts des scientifiques de l’Université. Celle-ci , emmenée par Daria Lopez-Alegria, de la société SpaceBridges, comprenait, outre des scientifiques de la Haute école, des politiciens (dont Pierre Weiss, membre du Parti libéral radical genevois) ainsi que des représentants de l’industrie, tels Claude Béglé, directeur général de SymbioSwiss, ou Nicolas Aune, secrétaire général de l’Union industrielle genevoise.

Ce dernier en a profité pour souligné la qualité de la recherche fondamentale menée en Suisse, à en particulier à Genève, qui constitue le terre principal pour une industrie de haute valeur. «Les répercussions sur les entités suisses impliquées dans la construction d’AMS, comme le Centre suisse d’électronique et de microtechnique (CSEM), sont nombreuses et durables, a ajouté Martin Pohl. Cela car les niveaux d’exigence étaient très élevés. En les atteignant, ces entreprises ont développé et acquis un savoir qui leur est précieux dans leurs activités d’aujourd’hui.»