astronomie

Détruire un astéroïde qui va heurter la Terre, mission quasi impossible

La science-fiction et les jeux vidéo entretiennent l’illusion qu’il suffirait de quelques missiles pour désintégrer un astéroïde fonçant sur la Terre. Sauf que les simulations suggèrent que les plus gros d’entre eux seraient bien plus coriaces que prévu

C’est un scénario classique de la science-fiction: un astéroïde tombe sur la Terre et il faut le détruire pour sauver l’humanité. Jusque-là les astronomes étaient confiants sur le succès d’une hypothétique opération telle que celle-ci. Mais un article scientifique paru dans la revue Icarus vient jouer les trouble-fêtes: d’après ses auteurs, détruire un astéroïde serait bien plus compliqué que prévu.

Après l’impact, l’astéroïde se recompose sous l’effet de sa propre gravité

Les études pour savoir comment un astéroïde résiste à un impact sont nombreuses, non pas pour comprendre comment les détruire, mais au contraire pour savoir comment les sonder efficacement sans les réduire. C’était en tout cas le but initial de l’analyse menée par Charles El Mir, ingénieur en mécanique à l’Université Johns Hopkins à Baltimore. «Nous essayions de savoir comment miner un astéroïde pour pouvoir exploiter ses ressources, explique-t-il. Pour cela, nous utilisions un nouveau modèle de simulation informatique, et c’est là que nous nous sommes rendu compte que l’objet étudié était beaucoup plus solide que ce que laissaient penser les précédentes études.»

Lire aussi:  La Terre reçoit plus de cailloux sur le caillou

Pour arriver à cette conclusion, son équipe a utilisé un modèle répandu avant tout dans l’ingénierie: le modèle Tonge-Ramesh. Son principe est d’étudier avec le maximum de détails comment certains matériaux se comportent quand ils subissent un impact, ce qui est par exemple utile pour construire des gilets pare-balles. Son créateur, Andy Tonge, s’en était servi pour étudier les conséquences des impacts sur Eros, un astéroïde passé à 26,7 millions de kilomètres de notre planète en 2012. Mais Charles El Mir, lui, a repris cette étude en y ajoutant un aspect: la gravité.

Il détaille le processus: «Il y a un premier événement court: l’impact lui-même. Les débris de l’astéroïde se détachent et l’objet se craquelle. Mais ensuite pendant plusieurs heures on constate une deuxième phase: l’astéroïde se recompose sous l’effet de sa propre gravité. Et au final il en ressort intact.»

Lire aussi:  Le petit robot Mascot s’est posé à la surface de l’astéroïde Ryugu

Ces résultats issus de ce nouveau modèle de simulation vont à l’encontre des précédentes études, qui voyaient les astéroïdes comme des objets beaucoup plus fragiles. «S’ils ont raison, c’est une excellente nouvelle, estime l’astrophysicien Patrick Michel de l’Observatoire de la Côte d’Azur à Nice. Si les astéroïdes sont plus solides que ce qu’on croyait, cela augmente nos chances de nous poser dessus et d’y faire des recherches sans risquer de les briser.»

Astéroïdes monolithiques

Cette étude permettrait aussi de répondre à une question récurrente parmi les spécialistes des astéroïdes: comment des objets «entiers» peuvent-ils exister pendant plusieurs milliards d’années? La plupart sont des ensembles de roches disparates qui se sont agglutinées, mais Eros notamment fait partie de ces astéroïdes monolithiques, blocs de plusieurs dizaines de kilomètres de long qui n’ont pas été réduits en morceaux lors d’un impact avec un corps plus petit. Un phénomène difficilement expliqué, sauf s’ils sont bien plus solides que prévu.

Mais Patrick Michel reste tout de même sceptique quant aux conclusions à tirer de cette étude: «Le modèle est intéressant mais cela manque d’expérience concrète. On a déjà fait des recherches avec des blocs de basalte auxquels on faisait subir des chocs, et jusque-là tout confirme que les astéroïdes se fragmentent lors d’un impact. Il ne faut pas prendre ça pour argent comptant, mais plutôt continuer les recherches pour confirmer ou non.»

Une mission de la NASA est prévue en 2022

De plus, tous les astéroïdes observés présentent des caractéristiques très différentes. Certains sont des blocs monolithiques, d’autres sont des agrégats de roche. Certains sont pleins, d’autres poreux, ils tournent sur eux-mêmes ou non… «Ce modèle serait presque trop précis, ajoute Patrick Michel, on en sait encore relativement peu sur les astéroïdes, il faudrait d’abord réussir à mieux les connaître d’une manière générale avant de s’attaquer aux petits détails, et cela ne peut se faire que par l’expérience.»

Il faut dire que l’enjeu est gros: en 2022 l’agence spatiale américaine NASA prévoit la mission DART (Double Asteroid Redirection Test). Un impacteur doit s’écraser à grande vitesse sur un astéroïde pour le faire dévier de sa trajectoire. Les astronomes voudraient estimer quelle quantité d’explosif l’astéroïde peut encaisser sans se briser.

Publicité