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L’Energy Observer (à gauche, image de synthèse) et le RaceForWater, anciennement PlanetSolar.
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Deux bateaux à hydrogène vont se faire la course autour du monde

Alors que le catamaran de la fondation vaudoise RaceForWater doit se lancer le 9 avril pour sa circumnavigation aux énergies renouvelables, les pères d’un projet identique français, Energy Observer, revendiquent l’antériorité de leur idée

Ce n’est pas une course, dit-on dans les deux ports. Mais, alors qu’ils se préparent depuis des mois, les équipages de deux bateaux futuristes vont attirer ces jours l’attention des mêmes médias en Bretagne, l’un à Lorient et l’autre à Saint-Malo, avant de s’élancer pour un tour du monde aux énergies renouvelables. Chacun possède notamment à bord – c’est inédit sur un navire – une chaîne complète de propulsion à l’hydrogène. En Suisse, l’initiative de la Fondation RaceForWater, qui a récupéré et transformé l’ancien catamaran solaire PlanetSolar, est déjà bien connue. Mais en France, c’est Energy Observer qui fait les gros titres ou l’objet de reportage à la télévision, comme au 20h de TF1 ce 28 mars.

Du côté tricolore, Victorien Erussard, tout en disant ne pas souhaiter de polémique, s’avoue finalement «agacé par cette situation» de concurrence implicite entre deux aventures très similaires, «tant nous avons investi de temps.» C’est depuis 2014 que ce coureur au large développe et évoque son idée, imaginée à partir d’Enza New Zealand, le catamaran avec lequel Sir Peter Blake a remporté le trophée Jules Verne en 1994. Cet ancien voilier a été recouvert de panneaux solaires, surmonté de deux éoliennes verticales, équipé d’un kite tracteur pour les jours de grand vent. L’équipe s’est aussi attaché les services d’une trentaine d’ingénieurs du laboratoire de recherches CEA-Liten.

«Avec eux, nous avons installé tous les systèmes nécessaires pour exploiter l’hydrogène, afin de maximiser la mixité des énergies renouvelables utilisées», explique le marin. L’idée consiste à pomper de l’eau de mer, à la désaliniser, à séparer grâce à des électrolyseurs les molécules d’oxygène (O) et d’hydrogène (H) qui forment le liquide (H20), et à compresser l’hydrogène gazeux dans des bonbonnes. Enfin, lorsque ni le soleil ni le vent ne sont au rendez-vous pour recharger les batteries électriques des moteurs, ce même gaz peut être injecté dans des piles à combustibles pour produire du courant et rejeter… de l’eau.

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Pour construire ce navire et le mettre à l’eau – le 14 avril à Saint-Malo, – «cette équipe est partie pratiquement de zéro, analyse sur le blog hydrogentoday.info le journaliste spécialisé Laurent Meillaud. Ce projet apparaît global, car il y a eu de la recherche sur les panneaux solaires, l’éolien, les phénomènes vibratoires et sur l’aspect logiciel de la chaîne de traction.» «Nous avons voulu faire un démonstrateur des énergies du futur. Et il va même évoluer durant les six ans à venir», résume Vincent Caumes, porte-parole du projet, estimé à 5 millions d’euros.

Du côté de RaceForWater, budgété au même montant, et où l’architecture technologique de propulsion est quasi identique, on indique avoir voulu aller vite en recourant à des technologies déjà commercialisées. «Mais tout ne tombe pas du ciel, précise Marco Simeoni, fondateur de RaceForWater. Notre recherche et développement a été mené au sein de Swiss Hydrogen, qui existe déjà depuis une décennie.»

Désormais aussi investisseur dans la PME basée à la BlueFactory de Fribourg, Marco Simeoni insiste aussi sur deux autres aspects singularisant son projet: «Premièrement, notre navire est aussi le vecteur d’un message de protection des océans contre les pollutions aux plastiques». Durant son périple de 5 ans autour du monde, RaceForWater, qui doit quitter Lorient le 9 avril, a prévu un vaste programme de sensibilisation à cette problématique, et aux manières d’y remédier: la fondation va promouvoir un système de méthanisation des déchets plastiques servant à produire du gaz exploitable. «Deuxièmement, alors que le catamaran d’Energy Observer pesait 6 tonnes avant modification, le nôtre en faisait 100, dit Marco Simeoni: nous touchons ici la classe des yachts, et souhaitons montrer que la propulsion électrique et à hydrogène peut y être implémentée.»

Lire aussiRaceForWater veut passer à l’action contre la pollution aux plastiques

Reste l’interrogation concernant la quasi-simultanéité de la médiatisation des deux projets. «Nous avons travaillé selon notre calendrier, explique Marco Simeoni. Nous devons être le 20 mai aux Bermudes pour des actions de communication dans le cadre de la Coupe de l’America. D’où un départ nécessaire le 9 avril. L’équipe d’Energy Observer s’est probablement calquée sur notre agenda, peut-être pour ne pas demeurer en retrait médiatiquement.»

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«Cette collusion est bizarre, s’étonne de son côté Victorien Erussard. Nous n’avons pas encore de date précise pour notre tour du monde» prévu en 101 escales. Et d’expliquer avoir agendé de longue date la semaine de lancement de son projet, parrainé par Nicolas Hulot. Il annonce toutefois un tour de France en 2017, «afin de rester proches du milieu des ingénieurs, et pour créer une émulation chez eux autour de notre prototype.» «Nous suivons notre rythme», abonde Vincent Caumes. Qui se demande toutefois: «La cause soutenue par RaceForWater est universelle et importante. Mais pourquoi, pour la défendre, s’attacher en urgence une caution technologique et environnementale au travers des mêmes énergies propres que celles utilisées par Energy Observer? Et pourquoi contacter les mêmes partenaires?». Après un contact entre le CEA et SwissHydrogen en effet, aucun rapprochement n’a été conclu. «Nous aurions dû dévoiler toutes nos technologies sans en obtenir en retour», justifie Alexandre Closset.

Chez RaceForWater, on explique ne pas avoir eu connaissance du projet français lorsque étaient évaluées, fin 2015 déjà, les possibilités d’améliorer sur le plan énergétique l’ancien PlanetSolar. Marco Simeoni admet toutefois que «la chaîne à hydrogène ne sera pas exploitée lors des premiers miles nautiques» vers les Amériques, «ses divers modules devant d’abord passer des certifications». L’entrepreneur exclut cependant de recourir aux deux génératrices diesels de secours installées sur son catamaran, qu’il annonce vouloir léguer lors d’une escale dans les Antilles françaises.

«Malgré ce télescopage [de dates], le monde entier va pouvoir découvrir à travers ces deux projets qu’il est possible de naviguer en mode zéro émission avec de l’hydrogène et des énergies renouvelables», tempère Laurent Meillaud. Qui rappelle en conclusion le lancement de l’Hydrogen Council, pour souligner l’importance que prend ce gaz renouvelable: en janvier 2017, au WEF de Davos, treize leaders industriels des secteurs de l’énergie et du transport ont lancé une initiative globale pour concrétiser leur ambition de faire de l’hydrogène un accélérateur de la transition énergique, contre les changements climatiques.

Lire aussi: Le moteur à hydrogène tente un nouveau come-back

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