Climat

Comme si Les Diablerets descendaient de 200 mètres en vingt ans

Une étude montre que la limite pluie-neige devrait monter de 200 mètres dans les Alpes et le Jura vaudois d’ici à 2030. Les épisodes de précipitations «extrêmes» vont aussi augmenter

Des pistes de ski boueuses, voire franchement vertes en plein mois de décembre ? C’est le cauchemar des amateurs de sports d’hiver, et surtout des stations de basse altitude. Pour pouvoir adapter son offre au réchauffement climatique, l’Office du tourisme vaudois a mandaté l’Institut fédéral de recherches WSL pour connaître le climat en 2030 dans ses régions de moyenne montagne.

Le résultat n’est pas une surprise, mais nuance les prévisions les plus caricaturales ou catastrophistes. Autour de 2030, les Diablerets, situés à 1200 mètres d’altitude, recevront durant l’hiver la moitié de leurs précipitations sous forme de pluie et la moitié sous forme de neige comme c’est le cas aujourd’hui à 1000 mètres. Pour ne recevoir qu’un quart de pluie pour trois quart de neige, il faudra monter 200 mètres plus haut, soit à 1400 mètres. Comme si, du point de vue de la limite pluie-neige, la station descendait de 200 mètres.

C’est indiscutablement une mauvaise nouvelle pour les amateurs de poudreuse, mais ça ne veut pas dire qu’il faille, dès aujourd’hui, mettre les téléskis au rebut. «Les Alpes vaudoises reçoivent beaucoup plus de précipitations que nombre de stations de haute montagne, expliquent les auteures de l’étude, Martine Rebetez, professeur de climatologie à l’Institut fédéral de recherche WSL, et le Gaëlle Serquet, docteur en climatologie dans la même institution. Les précipitations y sont par exemple deux fois plus importantes qu’à Zermatt. Quand il neige, il tombe donc vite de grandes quantités. La qualité des sols est également importante. Il ne faut que 20 centimètres de neige pour pouvoir skier sur des prairies sans cailloux, alors qu’un mètre est nécessaire pour recouvrir un pierrier.»

Cette étude affine les projections déjà connues en prenant en compte la part de neige dans les précipitations en hiver, et non plus seulement l’altitude. Le volume des précipitations est déjà très irrégulier dans les Alpes vaudoises, et peut varier du simple au double d’une année à l’autre. « Dans le futur, nous verrons une recrudescence des périodes extrêmes en humidité, que ce soit dans le sens d’un grand volume ou d’une extrême sécheresse, poursuit Martine Rebetez. Dans une même année, nous pourrons donc avoir un très mauvais mois de décembre et un excellent mois de janvier ou inversement. Dans le Jura vaudois, les stations ont déjà trouvé des solutions à cette variabilité avec de la main d’œuvre très flexible, qui permet d’ouvrir très rapidement un téléski par exemple, sans avoir de frais fixes trop importants. Mais il s’agit là surtout d’activités récréatives pour la population de la région, qui se déplace lorsque les conditions sont favorables.»

La fenêtre de tir se resserre pour les fans de glisse, puisque la saison hivernale raccourcit inexorablement, surtout du côté du printemps. «Ce n’est pas une si mauvaise nouvelle pour les stations puisqu’en mars, même quand les conditions sont encore très bonnes, la population a déjà tendance à se tourner vers des activités printanières », nuance Martine Rebetez. Le mois de décembre, qui se situe tôt dans la période d’enneigement, sera en revanche de plus en plus incertain pour la pratique des sports d’hiver.

Directeur de Villars Tourisme et Alpes Promotion, Serge Beslin se veut rassurant : « Ces résultats sont plus positifs que ce à quoi nous nous attendions. Mais nous n’avons pas attendu pour diversifier notre offre, puisque 45% de nos nuitées se font déjà en été. Et même en hiver, 25% des touristes ne skient pas. A Villars, nous pouvons encore compter sur la pratique des sports de glisse pour les 25 prochaines années ; même si nous devrons peut-être installer davantage de canons à neige sur la dernière piste, ou prévoir de redescendre les skieurs au village par télécabine ou télésiège. Durant les vacances de Noël, nous accueillons beaucoup de familles, qui sont moins demandeuses de ski que la population qui fréquente la station en février.»

Durant les 20 prochaines années, la température devrait en moyenne augmenter d’un degré. Une prévision assez fiable, puisqu’elle repose pour l’essentiel sur des quantités de gaz à effet de serre déjà émises. Il est plus difficile de prévoir le climat de nos régions dans 50, voir 100 ans, mais les experts estiment que le réchauffement devrait s’accélérer dans la deuxième moitié du XXIe siècle. « Le réchauffement se fait en dent de scie depuis 20 ans, c’est pour cela qu’on peut encore avoir des minimas très froids, comme l’hiver passé, explique Martin Beniston, professeur à l’université de Genève. Cela devrait continuer jusqu’à un point de bascule situé entre 2020 et 2050. Ensuite, l’augmentation des températures devrait s’accélérer. Nous ne sommes qu’au début d’une période de grand réchauffement.»

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