C’est une figure notoire de la science suisse qui quitte le pays pour aller poursuivre la grande majorité de ses recherches à l’étranger. Didier Queloz, chercheur à l’Observatoire de l’Université de Genève, a été recruté par la prestigieuse université anglaise de Cambridge, pour y occuper, dès l’automne 2013, une chaire d’astronomie nouvellement consacrée aux exoplanètes.

Didier Queloz s’est en effet rendu mondialement célèbre pour avoir découvert, en 1995, avec son professeur de l’époque Michel Mayor, aujourd’hui à la retraite, la première planète gravitant autour d’une étoile autre que notre Soleil. Depuis, ce ne sont pas moins de 843 de ces «autres mondes» qui ont été repérés, le dernier – une exoplanète de masse terrestre gravitant autour d’une des étoiles situées au plus proche de la Terre – ayant été révélé pas plus tard que le 17 octobre par l’équipe dont il est membre.

Dans ce domaine en pleine ébullition, l’Observatoire de Genève est un centre de référence mondial. Des instruments considérés comme les meilleurs y ont été construits, tel le spectrographe HARPS, installé sur un télescope de la Silla, au Chili.

Vision européenne

«L’Université de Cambridge veut se développer dans ce domaine, dit Didier Queloz pour expliquer son départ. J’aurai la responsabilité de monter une équipe d’une dizaine de personnes.» Et le chercheur de 46 ans de décrire les profonds changements qui ont lieu au niveau européen dans cette traque aux autres mondes. «On sent enfin se mettre en place une communauté continentale autour des exoplanètes. Outre la Suisse bien sûr – avec des groupes à Genève et Berne –, plusieurs instituts dans plusieurs pays (France, Italie, etc.) y participent.» Selon lui, l’Angleterre aussi veut en être: «Les recherches sur les planètes extrasolaires y constituent désormais un axe stratégique. Cambridge s’est donné rapidement de gros moyens. Ma vision est de monter un programme européen.»

Didier Queloz ne va pas complètement abandonner l’Université de Genève (Unige), puisqu’il y occupera encore son poste de professeur durant le quart de son temps. «Mais il est parfois difficile pour un lieu de recherches de croître au-delà d’une certaine taille critique», note-t-il aussi pour argumenter sa décision. «Le département d’astronomie de notre université est déjà grand, et contient d’autres chercheurs de renom, commente le recteur Jean-Dominique Vassalli. Notre Alma mater couvre un large spectre de disciplines. Il ne serait pas raisonnable de créer un déséquilibre en privilégiant trop un domaine particulier.»

Collaborations privilégiées

La non-sélection, en 2008, du projet de Pôle de recherche national (PRN) consacré aux exoplanètes a-t-elle pesé dans la balance de Didier Queloz, quand bien même une initiative similaire est à nouveau sur les rails? «Je n’en sais rien. Par contre, la science est faite d’opportunités qu’il faut saisir. Je ne me focalise pas sur le passé. Et ce changement d’institution constitue aussi un changement de dynamique intellectuelle, une opportunité remarquable.»

Pour le recteur de l’Unige, «c’est d’abord une fierté de voir un de ses anciens doctorants être choisi par l’université où a œuvré Newton. Bien sûr, on ne souhaite jamais perdre quelqu’un comme Didier Queloz. Nous préférons alors partager. La solution trouvée est la meilleure possible, puisque nous pourrons développer des collaborations privilégiées avec Cambridge.»

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