Détecté en novembre au Royaume-Uni, le variant B.1.1.7 du coronavirus s’y est rapidement étendu. Il a depuis été détecté dans une dizaine de pays dans le monde, dont la Suisse. Sa forte contagiosité alerte Didier Trono, professeur à l’EPFL et responsable du groupe diagnostics et tests de la task force scientifique suisse.

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Le Temps: Faut-il craindre le nouveau variant britannique du coronavirus?

Didier Trono: Ce nouveau variant est inquiétant car il est apparemment plus infectieux que les autres [de l’ordre de 50 à 70%, selon diverses études, ndlr]. On ne sait pas encore très bien ce qui, d’un point de vue moléculaire, entraîne cette contagiosité accrue, mais ce qui est préoccupant, c’est la vitesse avec laquelle il est devenu prédominant dans certaines régions d’Angleterre. Même s’il n’entraîne pas a priori de symptômes plus sévères, il a le potentiel de se répandre largement dans la population et donc d’entraîner un plus grand nombre de malades. Or, avant son arrivée, on ne parvenait déjà pas à contrôler la pandémie en Suisse. Quelque 4000 cas et entre 60 et 100 morts sont enregistrés chaque jour dans notre pays. Rapporté au nombre d’habitants, c’est plus que dans la plupart des autres pays d’Europe occidentale.

Cette souche est-elle déjà répandue en Suisse?

Pour l’heure, 28 cas de cette nouvelle variante ont été identifiés dans notre pays. Il s’agit essentiellement de Britanniques ou de personnes de retour d’un séjour en Grande-Bretagne. Mais il est très probable que le nombre de cas réel soit plus important, et que dans certaines régions, comme à Genève, le variant circule désormais parmi des personnes qui n’ont eu aucun contact avec la Grande-Bretagne.

Comment la repère-t-on dans la population?

Les tests diagnostiques classiques ne permettent pas d’identifier le type de variant responsable d’une infection. Seuls certains tests PCR peuvent donner lieu à une anomalie laissant suspecter la présence de ce variant, mais pour en avoir le cœur net, il faut encore établir la séquence génétique du virus. Un certain nombre d’analyses de ce type est déjà effectué de manière aléatoire dans la population. Cette approche pourrait être renforcée, afin de savoir si ce variant progresse au sein de la population suisse. Mais il faut être réaliste, il sera difficile à suivre…

Quelles mesures adopter?

Ce variant nécessite de renforcer les mesures déjà en vigueur. Il faut continuer de limiter au maximum la socialisation, en prônant le télétravail. Certaines mesures plus sévères telles que la fermeture des commerces non essentiels et des pistes de ski pourraient être envisagées, si on souhaite en éviter d’autres, plus drastiques, comme la fermeture des écoles. Nous sommes entrés dans une course entre la propagation de ce nouveau variant, qui risque d’accroître le nombre de nouveaux cas, et la campagne de vaccination anti-covid, qui a au contraire le pouvoir de limiter la propagation du virus. Il faut encourager la population à continuer à respecter les consignes et à se faire vacciner.

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