Le CHUV inaugure ce jeudi à Lausanne le premier Centre de résonance magnétique cardiaque (CRMC) de Suisse. Les progrès réalisés dans cette technologie, utilisée traditionnellement pour les parties statiques du corps, permettent désormais d’observer le cœur et d’anticiper les complications.

Contrairement aux radiographies à rayons X, l’imagerie par résonance magnétique (IRM) met en évidence les tissus mous. On utilise un champ magnétique à basse énergie qui interagit avec les molécules du corps – d’eau, notamment. La perturbation du champ par ces molécules permet de déterminer la structure du tissu observé.

Les autres techniques d’imagerie, comme la radiographie ou la tomographie par émission de positons, qui impliquent des radiations ionisantes, peuvent, à forte dose, provoquer des cancers. A basse énergie, le champ magnétique de l’IRM, en revanche, n’altère pas les molécules, souligne Jürg Schwitter, directeur du CRMC. Cela permet donc d’exposer le patient aussi longtemps et aussi souvent que nécessaire.

Pour des raisons de durée d’acquisition des données, cette technologie a été, jusqu’à présent, surtout utilisée pour observer des parties du corps qui ne bougent pas, comme le cerveau. «Au cours des dernières années, il y a eu beaucoup de progrès dans ce domaine, poursuit Jürg Schwitter. Il y a dix ans, il fallait une minute pour obtenir une image. Il ne faut plus que 20 à 30 millisecondes.» Il est donc désormais possible d’obtenir des images dynamiques, du cœur par exemple. En outre, ces images ont une meilleure résolution que celles obtenues avec les méthodes antérieures, comme la scintigraphie.

Centre de référence européen

«C’est magnifique, commente le spécialiste, on peut visualiser ce qui se passe et l’interpréter»: œdème, nécrose, manque d’oxygène, etc. «Ce dernier aspect est particulièrement important. Si on discerne une zone mal oxygénée, cela veut dire qu’il y a un risque d’infarctus, d’attaque cardiaque ou de mort subite.» Ce qui permet d’anticiper: «On fait beaucoup d’efforts pour soigner les infarctus,mais, grâce à cet outil, on peut traiter le patient avant.»

Avec les études cliniques achevées au cours des dernières années, l’utilisation de cette technique d’imagerie cardiaque est en plein essor. Pour Jürg Schwitter, toutes les machines construites en 2005 ou après sont assez performantes pour cette tâche: «Ce qui fait la différence, c’est surtout l’expertise du personnel médical pour l’interprétation des données.»

Le CRMC a été désigné centre de référence du registre européen d’IRM cardiaque. A ce titre, il est chargé du contrôle de qualité des 30 hôpitaux qui font partie du réseau. Il compte en outre mettre un fort accent sur la recherche, en profitant notamment de la proximité de l’EPFL et du Centre d’imagerie biomédicale.