1 Qu’est-ce que la grippe porcine?

C’est une maladie respiratoire causée par un virus de type influenza A (grippe) qui infecte les porcs. Il arrive régulièrement – tous les un ou deux ans aux Etats-Unis – qu’il soit transmis à l’homme. En Suisse, un éleveur saint-gallois a été contaminé par ses cochons en 2002. Le plus souvent, ces infections sont sans danger pour l’homme. En 1986, dans le Wisconsin, une femme enceinte de 32 ans a été hospitalisée avec une pneumonie après avoir été infectée par une grippe porcine. Elle est morte huit jours plus tard. Peu de temps auparavant, elle avait visité une foire où l’on présentait des porcs. Par la suite, des études ont montré que 76% des exposants de cette foire avait des anticorps qui attestaient qu’ils avaient été infectés par le virus, mais aucun n’a développé de maladie sérieuse.

2 En quoi ce virus est-il différent? Comment se distingue-t-il du SRAS et de la grippe aviaire?

Le virus se transmet désormais d’homme à homme, ce qui le rend particulièrement dangereux. Il s’agit en outre d’une version jusque-là méconnue de la souche H1N1 du virus de l’influenza A, qui combine le patrimoine génétique de virus porcins, humains et aviaires. «On a l’habitude de voir la combinaison de deux familles, pas trois», explique Laurent Kaiser, responsable du Centre national de référence de l’influenza. Cela veut dire qu’en plus des virus porcins, ce virus a des ancêtres qui ont séjourné chez des oiseaux et des êtres humains. Il en porte encore la signature. «On a pu reconstituer l’origine de ces familles, précise Bernard Vallat, directeur général de l’Organisation mondiale de la santé animale (OIE). La souche aviaire est d’origine américaine, la souche humaine aussi. Parmi les deux souches porcines, l’une est américaine, l’autre serait asiatique. La recombinaison a probablement eu lieu sur le continent américain.» Le virus présente en outre une surprenante résistance à la chaleur, par rapport aux autres virus de la grippe. Au Mexique la saison est terminée depuis plusieurs semaines et même aux Etats-Unis, il est tard pour voir apparaître des cas de grippe. «Il y a des similitudes avec le SRAS ( syndrome respiratoire aigu sévère ), dans la mesure où la transmission interhumaine est visiblement fréquente», note Laurent Kaiser. Le spécialiste souligne toutefois que, pour l’instant, le SRAS et la grippe aviaire, ont vraisemblablement des taux de mortalité beaucoup plus élevés. Notamment si l’on considère les cas aux Etats-Unis, qui se sont jusqu’ici révélés légers.

3 Quel est le risque d’en mourir si on est atteint?

On ne sait pas. Au Mexique, le nombre de morts réellement liés au virus n’est pas clair. En outre, on ne sait pas à combien de personnes infectées il faut rapporter les décès. Aux Etats-Unis, il n’y a eu aucun mort et plusieurs personnes ont guéri spontanément. Pourtant, d’après les informations actuellement disponibles, le virus est le même. Des spécificités locales, liées à l’exposition, aux conditions de vie où à l’accès aux soins, ont pu favoriser la sévérité de l’épidémie au Mexique. L’Organisation mondiale de la santé (OMS) évoque même la possibilité d’une combinaison avec un autre virus. En outre, il est possible que les personnes touchées avant que l’épidémie ne se déclare aient cherché à se faire soigner à un stade plus tardif.

4 Comment se transmet la maladie et quels sont les symptômes?

Comme la grippe saisonnière, par gouttelettes (postillons) et aérosols (microparticules en suspension dans l’air). Dans les régions à risque, il est recommandé de se tenir à distance des personnes qui crachent et qui toussent, de se laver fréquemment les mains avec du savon et de porter un masque. Les symptômes sont aussi similaires: fièvre, toux, maux de gorges ou de tête, fatigue, douleurs musculaires, frissons. La période d’incubation est de 7 à 10 jours. Selon les Centres américains pour le contrôle des maladies et la prévention (CDC), les personnes infectée doivent être considérées comme contagieuses tant qu’elles présentent des symptômes et jusqu’à 7 jours après la fin de la maladie. Cette période peut être plus longue pour les enfants, particulièrement en bas âge.

5 Quels sont les groupes à risque?

Toute la population peut être touchée. Comme dans les autres grippes, les groupes plus à risque sont les enfants en bas âge ou les personnes âgées. Toutefois, les jeunes adultes semblent aussi particulièrement concernés. Ce cas de figure ressemble à celui de la grippe «espagnole» de 1918, durant laquelle de nombreux jeunes sont morts. En 2007, après avoir fait des recherches sur le virus, des chercheurs ont expliqué dans la revue Nature que ces personnes, dont le corps contient beaucoup d’anticorps puisqu’elles sont dans la force de l’âge, avaient développé une réponse immunitaire exagérée face au virus, ce qui avait conduit à des inflammations massives. Selon certains experts, qui ne peuvent pour l’instant apporter aucune certitude, l’explication pourrait être similaire dans ce cas.

6 Y a-t-il une épidémie chez les porcs?

Aucune épizootie (épidémie animale) n’a été signalée. Il n’est même pas certain que des porcs soient infectés. Si la grippe est appelée porcine c’est que ses protéines de surface sont d’origine porcine. «On n’a pas la preuve que ce virus qui circule actuellement chez l’homme ait réellement une origine animale connue, commente Bernard Vallat. Au Mexique, les cas sont apparus en ville et ne sont pas liés à des contacts entre l’animal et l’homme. Il s’agit pour l’instant d’une épidémie humaine.» Laurent Kaiser relève toutefois qu’il est aussi possible que l’animal soit porteur, mais de manière asymptomatique.

7 Est-ce risqué de manger du porc?

Non. La grippe porcine ne se transmet pas par la nourriture. Et aucun cas d’élevage atteint n’a été signalé. La température de cuisson (71°C) de la viande de porc détruit virus et bactéries, précisent toutefois les CDC.

8 La maladie pourrait-elle se transmettre aux oiseaux, qui deviendraient un nouveau vecteur de transmission?

C’est très peu probable, estime Laurent Kaiser, qui rappelle que les récepteurs de la grippe chez les oiseaux sont très spécifiques. «On ne peut pas l’exclure et il faut surveiller cet aspect, mais ce n’est pas une priorité.»

9 Y a-t-il un vaccin?

Les CDC ont déjà créé une version de vaccin génétiquement appropriée à ce virus mais il faudra des mois pour le fabriquer en quantités suffisantes. La méthode classique consiste à développer le virus dans des centaines de milliers d’œufs de poule. Une fois démultiplié, le virus est extrait pour produire le vaccin. «Quatre mois est un temps incompressible», estime un porte-parole de l’entreprise Sanofi Pasteur. Le groupe Novartis affirme pour sa part que son nouveau système de production à partir de cultures cellulaires permettrait de mettre un vaccin sur le marché en trois mois. Le laboratoire bâlois a déjà été contacté par l’OMS mais n’a pour l’heure reçu aucune demande officielle, précise-t-il.

10 Y a-t-il des médicaments? Faut-il s’en procurer?

Les cas de guérison rapportés jusqu’ici aux Etats-Unis, sont principalement des cas de guérison spontanée. Mais la sensibilité de cette souche à des médicaments existants a été démontrée en laboratoire. Il semblerait toutefois que le traitement doive être administré à un stade précoce pour être efficace. La Suisse dispose d’un important stock de Tamiflu, un antiviral des laboratoires Roche, préparé en vue d’une éventuelle pandémie de grippe aviaire. Environ un quart de la population pourrait bénéficier de ce médicament en cas d’urgence. L’OMS dispose, de son côté, de 5 millions de doses de ce médicament permettant de soigner autant de personnes, dont 3 millions offertes par Roche en 2006, qui sont stockées en Suisse et aux Etats-Unis. La firme bâloise a une capacité de production théorique de 4 milliards de pilules par an. Roche a toutefois expliqué que la production d’une unité de Tamiflu prenait huit mois. Par ailleurs, une alternative existe: le Relenza du groupe britannique Glaxo­SmithKline. Ce dernier a annoncé hier avoir fourni 100 000 boîtes de son médicament aux autorités mexicaines et indique qu’il évalue d’urgence des moyens d’augmenter la production de Relenza. L’Office fédéral de la santé publique décourage vivement de se procurer ces médicaments et d’en prendre en dehors de tout contrôle ou prescription médicale. Cela risquerait de provoquer des résistances. C’est d’ailleurs un des risques majeurs à l’heure actuelle, en raison de la rapidité de mutation de ces virus. «Il y a potentiellement des chances que celui-ci devienne résistant, commente Laurent Kaiser. Il ne faut prendre ces médicaments que si l’on est vraiment malade.» Selon l’OFSP, le stock suisse de Tamiflu est suffisant: aucune grippe n’affecte plus d’un quart de la population en une seule vague.