Il y a eu, en 1996, Dolly, la brebis, le premier mammifère cloné à partir d'une cellule prélevée sur un individu adulte. Puis Polly, sa cousine génétiquement modifiée. Ou encore M. Jefferson, le veau. En mars une portée de petites truies clonées, Millie, Christa, Alexis, Carrel et Dotcom, a vu le jour dans les laboratoires de la firme PPL Therapeutics. Et voici que la famille s'agrandit d'une nouvelle représentante de l'espèce porcine: la petite Xena, clonée à partir de cellules fœtales par une équipe japonaise, dont la naissance est annoncée dans la revue Science du 18 août.

L'entrée officielle du cochon dans le cénacle des animaux clonés – Xena est la première truie clonée à partir d'une cellule fœtale à bénéficier d'une publication dans un journal de référence – ne passe pas inaperçue. Pour une raison simple: les organes du porc, contrairement à ceux de la souris ou du mouton, pourraient être greffés à l'homme, à la seule condition qu'on parvienne à produire des animaux dont les tissus ne seraient pas rejetés par l'organisme humain. Pour cela, une solution consiste à modifier le patrimoine génétique du porc. Or, le clonage est un moyen particulièrement efficace pour produire des individus transgéniques. En effet, cloner un animal, c'est fabriquer un être jumeau à partir du matériel génétique complet d'une seule cellule adulte. Une modification réalisée au début de l'opération se propagerait forcément à toutes les cellules du clone.

La production d'un porc transgénique «humanocompatible» n'est pas le dernier obstacle avant la xénogreffe. Les scientifiques craignent notamment qu'un virus porcin, par transplantation, ne soit transmis à l'espèce humaine. Malgré ces incertitudes peut-être insurmontables, la xénogreffe revêt des enjeux commerciaux potentiellement considérables. C'est peut-être pourquoi les différents acteurs de ce domaine de recherche se poussent du coude pour passer sur le devant de la scène.

Au-delà de la xénogreffe, le clonage d'animaux ouvre toute une série de perspectives nouvelles. On aurait vite fait d'oublier, par exemple, que le cochon nous offre depuis longtemps ses jambons. Or, même pour l'élevage, les scientifiques évoquent ouvertement la possibilité de cloner à l'infini, de manière asexuée, les individus les plus productifs. La technique pourrait s'appliquer à toutes sortes d'animaux de boucherie, ou même, pour d'autres raisons, à la conservation d'espèces menacées. Mais pour l'instant, les taux de réussite sont très bas. Les animaux clonés à partir du matériel génétique tiré de cellules d'adultes (et non fœtales ou embryonnaires) sont encore rares.

Enfin, il y a l'homme. Personne ne songe à créer un clone humain adulte. En revanche, la production d'embryons clonés est sérieusement envisagée dans la recherche médicale. Cette technique permettrait d'obtenir en culture des cellules capables de réparer n'importe quelle partie endommagée du corps. Mercredi passé, la Grande-Bretagne a pris connaissance d'un rapport qui recommande aux députés d'autoriser l'utilisation d'embryons humains clonés, dans les premiers stades de leur développement, à des fins de recherche.