États-Unis

Comment Donald Trump contribue au dérèglement climatique

L’EPA, l’Agence américaine de protection de l’environnement, multiplie ces jours les décisions controversées, privilégiant les intérêts économiques. Les dernières en date concernent l’amiante et le méthane

Les traits encore fatigués par sa traversée de l’Atlantique, la jeune activiste climatique Greta Thunberg avait à peine mis les pieds sur le sol américain qu’elle a eu droit à la question qui tue: «Quel est votre message pour Donald Trump?» Elle a répondu sobrement que s’il n’écoutait pas les scientifiques, il n’y avait aucune raison que son message soit entendu. C’est comme ça.

Amiante et méthane

Ces dernières semaines, l’EPA, l’impopulaire Agence de protection de l’environnement, dirigée par Andrew Wheeler qui a succédé au climatosceptique Scott Pruitt, a adopté de nouvelles décisions controversées ne laissant planer aucun doute sur l’orientation prise par l’administration Trump. A propos de l’amiante, d’abord. Selon une enquête du New York Times, les responsables de l’agence ont ignoré les recommandations de leurs propres scientifiques, en se contentant de restreindre le recours à l’amiante, alors que les spécialistes prônaient son interdiction.

Des géants comme BP, ExxonMobil et Royal Dutch Shell ont appelé au maintien des réglementations Obama, malgré les économies de près de 18 millions de dollars brandies par l’EPA

«Plutôt que de permettre (même avec des restrictions) toute nouvelle utilisation de l’amiante, l’EPA devrait chercher à l’interdire, car les dommages extrêmes causés par cette substance chimique l’emportent sur tout avantage – et parce qu’il existe des alternatives adéquates à l’amiante», souligne un mémo interne que s’est procuré le quotidien.

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Le méthane, ensuite. Jeudi dernier, l’EPA a fait savoir qu’elle comptait abroger des règles édictées par Barack Obama pour lutter contre les fuites de méthane dans les gazoducs et les puits d’extraction de gaz. Elle veut limiter les restrictions «pour ne pas réprimer l’innovation et le progrès». L’industrie pétrolière et gazière ne faisait pourtant pas unanimement de cette abrogation un combat. Au contraire: des géants comme BP, ExxonMobil et Royal Dutch Shell ont même appelé au maintien des réglementations Obama, malgré les économies de près de 18 millions de dollars brandies par l’EPA.

Comme 69 millions de voitures

Dans un communiqué, la présidente de Shell aux Etats-Unis a confirmé vouloir réduire les fuites de méthane, gaz à effet de serre, d’«au moins 0,2% d’ici à 2025». «Nous devons réduire les émissions de méthane pour le gaz naturel afin de réaliser tout son potentiel dans notre mix énergétique», souligne de son côté Susan Dio, la présidente de BP America, citée par le Wall Street Journal. «Plus nous conservons de gaz dans nos canalisations et notre équipement, plus nous pouvons en fournir au marché et plus rapidement nous pouvons tous nous diriger vers un avenir moins pollué par le carbone.»

Selon le journal, rien qu’aux Etats-Unis, le méthane qui s’échappe ou est rejeté chaque année par les activités pétrolières et gazières équivaut aux émissions de gaz à effet de serre de plus de 69 millions de voitures. En mars 2017 déjà, Scott Pruitt avait tenté de briser les mesures prises par Barack Obama, mais il a été bloqué par la justice.

Donald Trump a placé des lobbyistes du pétrole, du gaz, du charbon et des produits chimiques à la tête de l’EPA et d’autres agences gouvernementales.

Kassie Siegel, directrice de l'Institut sur le climat du Center for Biological Diversity

L’EPA de Donald Trump a systématiquement démantelé toutes les mesures de réduction des gaz à effet de serre prévues par le Clean Air Act (la première mouture date de 1970, ndlr), dénonce Kassie Siegel, directrice de l’Institut sur le climat du Center for Biological Diversity. «Cette législation est la plus solide et la plus efficace qui ait été mise en place pour réduire la pollution climatique, et c’est pourquoi elle est une cible de choix pour l’administration Trump. L’EPA refuse également de fournir une protection contre les pesticides cancérigènes et d’autres produits chimiques toxiques qui nuisent aux plantes, aux animaux et aux personnes. Il s’agit là d’une grande préoccupation, car la réglementation des produits chimiques aux Etats-Unis est déjà beaucoup plus faible qu’en Europe.»

Des pièges empoisonnés au cyanure

Récemment, l’EPA a par exemple rejeté l’interdiction du chlorpyrifos, un pesticide que des experts rendent responsable de dommages cérébraux chez les enfants. L’EPA a également, au grand dam des écologistes, levé l’interdiction des M-44, ces pièges empoisonnés au cyanure de sodium utilisés pour tuer des coyotes, renards, chiens sauvages, ours ou encore opossums.

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«Donald Trump a placé des lobbyistes du pétrole, du gaz, du charbon et des produits chimiques à la tête de l’EPA et d’autres agences gouvernementales», relève Kassie Siegel. «Ils n’écoutent pas les scientifiques ou les ONG, mais défendent les intérêts des entreprises des énergies fossiles et de produits chimiques. Voilà pourquoi les actions en justice pour contester ces décisions restent l’outil le plus important pour tenter de protéger le climat et la biodiversité tant que Donald Trump est en place. Heureusement, les ONG et les gouverneurs de plusieurs Etats américains ont réussi à bloquer bon nombre des pires attaques de Donald Trump contre l’environnement.»

La résistance s'organise

Le New York Times a fait le calcul: en tout, ce sont 84 mesures de protection de l’environnement que l’administration Trump tente d’inverser. Une situation particulièrement alarmante alors que l’ONU consacre le 23 septembre un sommet sur le climat. Pour rappel, Donald Trump avait imposé des économies à l’EPA, puis a ensuite très vite décidé de retirer les Etats-Unis de l’Accord de Paris sur le climat. Il a notamment déjà levé des obstacles pour permettre des forages offshore et dans des réserves naturelles. 

Lire aussi: Le gouvernement Trump détricote la loi protégeant les espèces menacées

Donald Trump chercherait également à s’en prendre à la plus grande forêt nationale américaine, la forêt de Tongass (69 000 km², en Alaska), en autorisant son exploitation, selon une information du Washington Post de la semaine dernière. Le 12 août, il a par ailleurs annoncé son envie de réformer la loi sur les espèces protégées, rendant leur protection plus difficile. Face à ce démantèlement, la résistance s’organise toujours plus. Une coalition rassemblant 22 Etats américains et six grandes villes vient par exemple d’annoncer qu’elle saisissait la justice pour empêcher le gouvernement de Donald Trump de ralentir la fermeture des centrales à charbon.

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