Environnement

Donald Trump s’en prend à des espaces protégés

Dans l’Ouest des Etats-Unis, des tribus amérindiennes luttent contre le projet de Donald Trump de réduire la surface des «monuments nationaux». Un bras-de-fer qui pourrait bien finir devant les tribunaux

Les indiens Navajos ne sont pas contents et ils le font savoir. Depuis que Donald Trump a, par voie de décret, remis en question le classement d’une trentaine de réserves totalisant 40 000 hectares comme «monuments nationaux», ils ne décolèrent pas. Le président américain juge ses prédécesseurs trop généreux.

A commencer par Theodore Roosevelt, qui en 1906 a signé une loi protégeant les ressources naturelles et les espaces menacés. Selon l’Antiquities Act, le président des Etats-Unis peut décider de protéger une zone sans l’accord du Congrès, qui à son tour peut ensuite la transformer, si besoin, en parc national. Le Grand Canyon, Death Valley ou encore des régions de l’Alaska en ont profité. En tout, 126 «monuments nationaux» ont été promulgués.

Donald Trump estime aujourd’hui que certaines zones sont trop protégées et pénalisent les entreprises susceptibles de les exploiter, ce qui inquiète les défenseurs de l’environnement. En clair, à ses yeux trop de surfaces ne permettent pas de nouveaux forages, exploitations d’énergies fossiles ou constructions de complexes hôteliers. Il envisage de les réduire.

Quand il a dénoncé l’Accord de Paris sur le climat, Donald Trump, qui ne cache pas vouloir relancer l’industrie du charbon, avait mis en exergue les mêmes arguments en brandissant son slogan favori «America First»: rien ne doit se mettre en travers de sa volonté de redresser l’économie de la première puissance mondiale.

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L’uranium suscite des convoitises

Aucune décision n’a encore été prise, mais les défenseurs de l’environnement sont bien décidés à aller devant les tribunaux si Donald Trump parvient à déclasser certaines zones. Seuls trois présidents, républicains, n’ont pas cherché à créer de nouvelles zones de protection: Richard Nixon, Ronald Reagan et George Bush.

A Monument Valley, situé à la frontière de l’Arizona et de l’Utah, les Navajos qui travaillent sur le site entièrement géré par leur tribu tentent de louer des randonnées à cheval, des tours en jeep ou vendent des bijoux avec des turquoises dans des petits stands. Près de John Ford Point, rendu mythique par une scène de La Chevauchée fantastique (1938) avec John Wayne, un guide amérindien propose de poser sur son cheval dans un des endroits les plus photogéniques du monde.

Affairé par deux jeeps remplies de Japonais qui viennent d’arriver, il rayonne dans sa chemise rouge et bombe le torse sur son cheval trônant sur un promontoire naturel. Malgré un soleil de plomb, les affaires marchent: les touristes asiatiques lui glissent une poignée dollars pour pouvoir le prendre en photo. Mais quelques kilomètres plus loin, les Navajos sont plus tendus. Ils font de la résistance.

Rien n’est simple: les Amérindiens ne sont pas toujours d’accord entre eux, et ils doivent soigner leurs relations avec le gouvernement fédéral

La réserve de Bears Ears (5400 km2 protégés), dans l’Utah, fait en effet partie de celles qui sont dans le collimateur de Donald Trump. C’est un tout nouveau monument national puisqu’il n’a été classé comme tel que fin décembre 2016 par Barack Obama. Les deux buttes qui culminent à 2700 mètres, les fameuses «oreilles d’ours», sont considérées comme sacrées par les Navajos et quatre autres tribus de la région. Problème: pas loin, la société texane EOG a obtenu des autorisations de forage. Et l’extraction d’uranium suscite des convoitises.

Attitude parfois ambiguë

Les tribus se sont organisées en coalition pour empêcher Trump d’agir. L’enjeu est aussi politique: elles n’hésitent pas à parler d'«attaques contre les Amérindiens» et de «racisme». Les négociations avec le secrétaire à l’Intérieur Ryan Zinke se poursuivent dans un climat tendu. Ce dernier tente d’appâter les tribus en leur promettant un rôle plus important dans le management du site redéfini. Récemment, il a publiquement fait savoir que les tribus étaient «très contentes» de cette proposition. Ce qui a immédiatement déclenché une levée de boucliers. Les porte-parole des tribus ont démenti. Le combat continue, elles ne céderont rien, assure Davis Filfred, délégué du Conseil des Navajos.

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Pourtant, rien n’est simple: les Amérindiens ne sont pas toujours d’accord entre eux, et ils doivent soigner leurs relations avec le gouvernement fédéral. Contrairement à d’autres tribus, les Navajos appuient par exemple les velléités de Donald Trump de relancer l’industrie du charbon. Car sur leurs terres, l’immense centrale thermique située près de la ville de Page fournit de nombreux emplois alors que le taux d’inactivité est très élevé chez eux.

Autre monument national menacé, dans le sud de l’Utah: le Grand Staircase-Escalante (7689 km²), protégé par Bill Clinton en 1996. Le site d’une beauté à couper le souffle recèle de nombreux fossiles de dinosaures. A l’époque, la décision de Bill Clinton avait heurté des élus ainsi qu’une entreprise minière qui souhaitait exploiter la région. Aujourd’hui, dans les médias, c’est à coups de grandes pages de publicités qu’organisations écologistes et Indiens montent au créneau pour tenter de préserver le Grand Staircase-Escalante et les Bears Ears. Ils sauront dans quelques semaines si Donald Trump décide de mettre ses menaces à exécution.

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