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Les dons d’organes en progression

Les mesures prises en Suisse en faveur du don d’organes semblent produire des résultats, alors que le pays est en retard sur certains de ses voisins européens

Les dons d’organes en progression

Médecine Les mesures prises pour augmenter le nombre de donneurs d’organes semblent produire des résultats

La Suisse resteà la traîne par rapport aux autres pays européens

En 2014, 117 personnes ont fait don de leurs organes après leur mort en Suisse. C’est peu, beaucoup trop peu même, par rapport au nombre de patients qui en auraient besoin: au 31 décembre dernier, quelque 1370 personnes étaient sur liste d’attente en vue d’une greffe d’organe, qu’il s’agisse d’un rein (le plus fréquemment transplanté), d’un foie, d’un cœur, d’un poumon ou encore de cellules du pancréas. «L’année passée, en moyenne deux personnes par semaine sont mortes après avoir attendu en vain un organe», rappelle Pierre-Yves Maillard, le président du Conseil d’Etat du canton de Vaud, également président de la Fondation nationale suisse pour le don et la transplantation d’organes Swisstransplant.

Afin d’améliorer cette situation, différentes mesures ont été prises depuis 2013 dans le cadre du plan d’action «Plus d’organes pour des transplantations» approuvé par la Confédération et les cantons. Ces mesures, qui concernent à la fois les professionnels des soins et le grand public, auraient déjà commencé à porter leurs fruits, d’après Swisstransplant, qui organisait mardi à Berne une conférence de presse sur ce thème.

Avec environ 13 donneurs par million d’habitants, la Suisse se situe depuis des années dans le dernier tiers du classement européen en matière de dons d’organes post mortem. La proportion de donneurs y est ainsi nettement plus faible qu’en France (25,5 donneurs en moyenne par million d’habitants) ou en Espagne (35,1 donneurs par million d’habitants). Elle est revanche plus forte qu’en Allemagne, où ne sont comptabilisés que 10,9 donneurs par million d’habitants. Le plan d’action de la Confédération et des cantons prévoit de faire passer le taux de dons en Suisse à 20 donneurs post mortem par million d’habitants d’ici à 2018.

Un des volets de ce plan porte sur la communication auprès du grand public, encore insuffisamment sensibilisé à la problématique du don d’organes. Actuellement, moins de 5% des donneurs potentiels ont sur eux une carte de donneur sous forme papier. Sans information sur les volontés d’une personne en train de mourir, les professionnels de la santé se tournent vers ses proches pour savoir s’ils autorisent le prélèvement d’organes. «Mais de nombreuses personnes ignorent l’avis de leur parent sur cette question et refusent dans le doute», indique Philippe Eckert, du service de médecine intensive du CHUV, responsable du Programme latin de don d’organes, qui regroupe les hôpitaux actifs dans le don d’organes en Suisse romande et au Tessin.

Parmi les avancées en direction du grand public, on peut citer la mise au point par un médecin du CHUV d’une carte électronique de donneur, téléchargeable sur smartphone et consultable par les services d’urgence. Appelée «echo112», l’application a déjà plus de 93 000 utilisateurs, dont 90% se sont déclarés favorables au don de leurs organes. Par ailleurs, la révision récente de la loi sur la transplantation prévoit que la Confédération et les cantons informent mieux la population au sujet du don d’organe.

En revanche, la proposition d’inscrire le statut de donneur d’organe sur le permis de conduire ou la carte d’identité et celle d’établir un «consentement présumé» de chaque personne au don d’organe, à moins qu’elle ait clairement spécifié son opposition, ont été retoquées par les parlementaires.

Les autres mesures du plan d’action concernent les soignants. «Il existe de fortes disparités entre les hôpitaux – y compris au sein d’une même région linguistique – dans le taux de refus du don d’organes par les proches. Cela suggère que la manière dont ces personnes sont approchées par l’équipe médicale a un fort impact sur leur décision», relate Pierre-Yves Maillard. D’où l’intérêt de former des «coordinateurs locaux du don d’organes», qui interviendraient directement dans les unités de soins intensifs. De tels coordinateurs existent déjà souvent dans les hôpitaux universitaires mais pas forcément dans les hôpitaux régionaux. Swisstransplant a passé un accord avec l’association de défense des hôpitaux H + et la fédération d’assureurs maladie SVK pour financer certains de ces postes.

Ces mesures et d’autres sont en cours de déploiement, mais semblent déjà faire sentir leurs effets. Il y a eu, en 2014, sept donneurs d’organes de plus que l’année précédente. Et la tendance positive observée sur les six premiers mois de 2015 laisse penser que le nombre de donneurs va encore progresser cette année. «Nous sommes en bonne voie pour atteindre les objectifs fixés dans le plan d’action», se réjouit Pierre-Yves Maillard, pour qui les mesures actuelles ont encore un fort potentiel de progression.

Il faut mieux former les soignants pour leur permettre d’approcher les donneurs possibles

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