Technologie

Les drones livreurs de matériel médical arrivent

Des poches de sang livrées par voie du ciel dans des "droneports" en Afrique: c'est le projet d'une spinoff de l'EPFL. Les tests grandeur nature doivent démarrer en 2016

Des drones qui livrent matériel médical, médicaments, poches de sang, dans les régions les plus rurales du Rwanda: c'est le but du projet "Red Line". Imaginé par le cabinet d'architecture Foster + Partners, l'Ecole polytechnique fédérale de Lausanne (EPFL) et son laboratoire Afrotech de développement des hautes technologies en Afrique, il vise à lancer d'abord une première flotte de drones, capables d'emporter chacun 10 kg de cargaison médicale ou d'urgence sur 50 km, vers des zones reculées, dont les habitants manquent de fournitures médicales de base.

Le projet prévoit de recourir à de grands drones qui emprunteront des "droneports", sortes d'aéroports et hangars réservés à ces engins volants sans pilotes.

Participation de l'EPFL

Le constat de départ est sans équivoque: dans de nombreux pays africains, le développement des routes ne suit pas la croissance économique. "Même si les états en construisent, elles sont de mauvaise qualité et ne disposent pas des tunnels, des ponts ou des autres infrastructures nécessaires", regrette Jonathan Ledgard, responsable d'Afrotech. L'idée de ce projet repose donc sur le pari que les drones livreront du matériel là où aucune route ne va, en créant un réseau de droneports reliés par des couloirs aériens nommés les "lignes rouges".

 Après ces "lignes rouges", viendront, à l'horizon 2025, des "lignes bleues", lignes cette fois-ci commerciales, sources présumées d'importants profits, sur lesquelles voleront des drones de plus grande envergure, avec une capacité d'emport de 100 kg sur 100 km.

"En Afrique, le fossé entre la croissance de la population et celle des infrastructures se creuse de façon exponentielle", a expliqué l'architecte Norman Foster, lors du lancement du projet début septembre, et "le manque d'infrastructures au sol a un impact direct sur la possibilité de livrer des biens vitaux, dans des endroits où des choses aussi basiques que du sang ne sont pas disponibles rapidement".

Equipe multidisciplinaire

Les premiers drones des "lignes rouges" doivent décoller en 2016 et les trois "droneports" prévus au Rwanda être terminés d'ici 2020, permettant aux appareils de couvrir près de la moitié du territoire du pays.

Pour y parvenir, le projet Red Line fédère des spécialistes issus d'horizons divers. "Nous avons des ingénieurs du Centre national de compétences pour la recherche en robotique et des écoles polytechniques fédérales, mais aussi des experts en médecine tropicale, en logistique, et aussi des experts et techniciens africains", énumère Jonathan Ledgard.

Pour ce dernier, le partenariat avec Norman Foster s'est imposé naturellement. "Non seulement c'est un pilote confirmé qui a une grande compréhension des avions et du ciel, mais de plus son expérience dans les aéroports est sans pareille, avec la construction du plus grand aéroport du monde à Pékin ou du premier spatioport en Arizona", explique le responsable.

"Je lui ai dit 'Tu as bâti les plus grands aéroports du monde, maintenant il faut que tu bâtisses les plus petits et les moins chers possibles', c'est vraiment l'homme qu'il nous faut", relate Jonathan Ledgard, qui insiste sur l'importance de la maîtrise des coûts pour rester intéressant par rapport à la route.

"Mais le but n'est pas de remplacer les routes ou le rail, prévient-il, mais d'offrir une alternative pour la livraison urgente de produits médicaux".

Sauter les étapes

"Avec le projet de droneports, il s'agit de faire plus avec moins, de tirer parti des récentes avancées dans la technologie des drones - habituellement associés à la guerre - afin d'avoir un effet immédiat et de sauver des vies en Afrique", a souligné M. Foster.

Plutôt que de développer des infrastructures coûteuses, les promoteurs du projet appellent à sauter les étapes, en passant directement à une technologie de pointe, mettant en avant l'exemple de la téléphonie mobile désormais disponible dans les zones les plus reculées du monde, où tirer des lignes terrestres était bien trop cher ou compliqué.

"Comme les téléphones mobiles ont permis de se passer de câbles téléphoniques, les drones-cargo peuvent surmonter les obstacles géographiques tels que montagnes, lacs, rivières non navigables, sans la nécessité d'infrastructures physiques à grande échelle", peut-on lire dans le document de présentation.

Jonathan Ledgard assure "inévitable que dans une planète très peuplée, avec des ressources limitées, notre ciel sera utilisé de façon plus intensive, grâce à des robots volants capables de déplacer des biens plus rapidement, à un coût moindre qu'auparavant".

Il faut "que ces engins ou leurs sites d'atterrissage soient pensés pour être suffisamment résistants et bon marché pour être utiles aux communautés les plus pauvres, qui en ont le plus besoin", dit-il. Par exemple en résistant aux intempéries, aux poussières, aux chocs, etc.

Un défi technique mais également logistique, pour gérer les stocks de matériel médical le plus efficacement possible et garantir que les drones soient chargés à chaque trajet."Nous avons des spécialistes de la logistique qui travaillent avec nous, et nous sommes en discussion s avec de grandes entreprises telles que DHL", assure Jonathan Ledgard.

"Au final, ce sont des centaines de vies qui peuvent être sauvées rien qu'en livrant des poches de sang dans un pays de la taille de l'Ethiopie". A l'horizon 2025, Red Line espère devenir le premier réseau de cargo aérien par drones en Afrique.

 

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