L’envol frénétique des drones

Technologie Les quadricoptères se rendent peu à peu indispensables

En Suisse, le cadre juridique libérala donné naissanceà plusieurs start-up

Rencontre avec des Romands passionnéspar ces engins volants

Les drones s’apprêtent-ils à envahir notre quotidien? La Poste Suisse testera cet été l’utilisation de quadricoptères manipulés à distance pour certaines opérations logistiques. Est-ce un coup marketing ou le géant jaune étudie-t-il un nouveau moyen de transporter les colis? La Poste reste prudente et ne souhaite, pour l’instant, pas donner plus de précisions sur cette opération.

Dans les parcs, il n’est plus rare d’entendre leur inimitable vrombissement. Sur le bitume, de voir planer leur ombre d’arachnide. Certains manifestent leur exaspération et craignent déjà que ce nouveau «must-have» ne vienne pourrir les vacances à Tolochenaz ou sur la Costa Brava.

D’autres ont des préoccupations plus sécuritaires. Il faut dire que, quand elles tournent à pleine vitesse, les hélices convertissent ces appareils en véritables tondeuses à gazon volant au-dessus de nos têtes. Des accidents ont déjà eu lieu.

A Genève, il sera désormais interdit d’utiliser des drones à moins de 300 mètres des bâtiments publics. Pendant la durée des tractations sur le nucléaire iranien, en mars, les polices cantonales de Vaud et de Genève avaient même décrété une no-flight zone. Les autorités voulaient éviter de voir voler, comme au-dessus de Paris, des dizaines de drones mystérieux dans un contexte tendu.

La mesure était pourtant inhabituelle. Alors que les Etats-Unis restent frileux et la France songe à durcir sa réglementation pour les drones de loisir, la Suisse garde un cadre juridique plutôt libéral en la matière. Selon les normes édictées par l’Office fédéral de l’aviation civile (OFAC) en juin dernier, seuls les multicoptères pesant plus de 30 kilos (c’est rare) nécessitent un permis. Pour le reste, le pilote doit s’assurer de toujours maintenir un contact visuel avec son appareil et éviter de le faire voler à moins de 100 mètres d’un rassemblement de personnes. Un environnement idéal pour voir ces engins se multiplier sur nos têtes.

La législation, pour l’instant très souple, a donné naissance à de nombreuses start-up sur l’Arc lémanique. A tel point que certains évoquent déjà une «Drone Valley» lémanique, une Silicon Valley du drone attirant chercheurs et investisseurs.

Le savoir-faire de ces start-up émane généralement de l’Ecole polytechnique fédérale de Lausanne (EPFL). Leurs engins volants ont tous leur spécificité et des prix qui peuvent varier de quelques centaines de francs à plusieurs dizaines de milliers de francs.

On peut citer, par exemple, la société Easy2map à Epalinges qui travaille essentiellement avec des architectes, des géomètres et les services de l’agriculture ou des forêts des cantons. La start-up utilise des drones autopilotés, embarquant une caméra numérique compacte, pour offrir des services de cartographie aérienne à faible coût. «Nous générons des plans très précis. Tout détail de plus de 20 centimètres peut être représenté, à l’exemple de la tuile d’un toit», explique François Gervaix, directeur d’Easy2map.

Le drone pliable, léger, peu coûteux et facilement transportable de Dario Floreano et Ludovic Daler, deux ingénieurs de l’EPFL, sera commercialisé d’ici à quelques mois. Inspiré de l’origami, il sera destiné au grand public mais pourra aussi être lâché en essaim dans des situations d’urgence ou sur une zone sinistrée afin de retrouver rapidement des victimes. Flyability, à Ecublens, a développé pour sa part un drone avec une carapace en carbone. Il est capable de reprendre son vol après s’être heurté contre un mur ou un obstacle. Cette faculté est utile dans des environnements peu accessibles ou dans des endroits clos. Fondée en 2009, senseFly à Cheseaux-sur-Lausanne – une spin-off de l’EPFL rachetée par le français Parrot – est considérée comme le leader mondial de la cartographie.

Du côté des utilisateurs, on répond également présent. Les drones continuent à s’écouler comme des petits pains et les modèles d’entrée de gamme sont toujours moins onéreux. Mais qui sont réellement ceux qui se cachent derrière les commandes de ces engins? Petit tour d’horizon, du «droniste» du dimanche au professionnel de l’image.

Un savoir-faire qui émane de l’EPFL