Le chef du gouvernement espagnol Mariano Rajoy, s’exprimant pour la première fois sur le sujet devant le Congrès, a déclaré que l’Espagne devait rester attentive, mais aussi garder son calme.

Il s’est engagé à la «transparence totale», en assurant que ses partenaires internationaux étaient également informés quotidiennement.

«Des cas sporadiques de la maladie due au virus Ebola en Europe sont inévitables. Cela tient aux déplacements entre l’Europe et les pays affectés» d’Afrique de l’Ouest, a déclaré peu après dans un communiqué Zsuzsanna Jakab, directrice régionale pour l’Europe à l’Organisation Mondiale de la Santé. Toutefois le risque d’une propagation en Europe est évitable et extrêmement faible», a-t-elle souligné.

Trois nouvelles personnes ont été admises à l’hôpital Carlos III de Madrid, dans le service traitant les malades d’Ebola, tandis que deux en sont sorties saines, portant à sept le bilan des hospitalisations dont un seul cas avéré, a annoncé l’établissement mercredi soir.

«Ce soir deux médecins et un infirmier ont été admis», a déclaré une porte-parole. Les deux médecins ont été en contact avec la patiente (contaminée par le virus, ndlr). Il s’agit d’une femme qui l’avait examinée dans un centre de santé et d’un médecin de la ville d’Alcorcon, en banlieue sud de Madrid, où elle habite, selon une porte-parole de l’hôpital.

La malade est une aide-soignante de 44 ans qui faisait partie de l’équipe ayant traité deux religieux espagnols contaminés par le virus en Afrique et décédés respectivement le 12 août et le 25 septembre.

L’infirmier hospitalisé a lui aussi été en contact avec l’un des deux religieux. «Il a des symptômes et un test a été pratiqué mais nous n’avons pas encore de résultat», a ajouté la porte-parole. Par ailleurs une autre aide-soignante et un ingénieur, hospitalisés mardi, ont pu sortir, les derniers tests étant négatifs.

Au total donc sept personnes étaient à l’isolement à l’hôpital Carlos III de Madrid mercredi soir: les trois nouveaux arrivants, la malade, son mari et deux infirmières, sur lesquelles aucune information n’a été donnée.

Une cinquantaine de personnes qui ont pu être en contact avec la malade et le religieux décédé le 25 septembre, issues notamment du milieu hospitalier, sont déjà surveillées. Une enquête est en cours afin d’identifier tous les habitants de la région qui ont pu être exposés, d’autant que l’aide-soignante a présenté des symptômes dès le 29 septembre mais n’a été hospitalisée que lundi 6 octobre.

Réunion de crise à Londres

A Londres, le Premier ministre britannique David Cameron a tenu une réunion gouvernementale de crise mercredi sur Ebola, au lendemain d’un entretien avec le président de la Sierra Leone, Ernest Bai Koroma.

La situation est «toujours très grave», lui a dit ce dernier en évoquant des «besoins toujours importants» en termes de «formation de personnels médicaux» et d’amélioration des centres de traitement, selon Downing Street.

Le Royaume-Uni va envoyer 750 militaires, un navire médical équipé d’unités de soins intensifs et trois hélicoptères en Sierra Leone, a annoncé le ministère de la Défense, à l’issue de la réunion de crise. Les militaires seront déployés à partir de la semaine prochaine pour aider à construire des centres de traitement, les hélicoptères serviront à transporter les personnels soignants sur place. Londres s’était déjà engagé mardi à fournir à son ancienne colonie 700 lits et 160 millions de livres.

Pendant ce temps en Espagne, des détails sur l’emploi du temps de la patiente atteinte d’Ebola et sa prise en charge défaillante selon les syndicats de personnels de santé, ont continué à affluer mercredi.

Son mari, interrogé par téléphone par le quotidien El Mundo, a raconté qu’elle était à peine sortie de chez elle après avoir ressenti les premiers symptômes. Selon les autorités sanitaires locales, elle en aurait fait état auprès d’un médecin de ville le 29 septembre, sans lui révéler qu’elle avait prodigué des soins à un malade d’Ebola.

Le 2 octobre elle a contacté les services de l’hôpital Carlos III, qui n’ont pas jugé utile de l’hospitaliser. Une source hospitalière a aussi affirmé à l’AFP que la malade avait appelé un service d’ambulances, qui l’a examinée sans protection particulière, et amenée à l’hôpital d’Alcorcon.

Elle est restée plusieurs heures aux urgences sans être isolée, selon le quotidien ABC, qui comme d’autres, a pointé de nombreuses défaillances dans la prise en charge.

Tirant de premières conséquences de cette contamination hors d’Afrique, l’Union européenne a décidé mercredi de «renforcer l’information aux voyageurs et professionnels de la santé» pour prévenir une pénétration du virus Ebola sur le territoire européen.