Psychologie

Echanger des regards avec les bébés les rend plus sociables

Augmenter le nombre d’échanges faciaux avec un nouveau-né favoriserait son développement social, d'après une étude réalisée sur des primates 

À la naissance, le cerveau humain est inachevé, son développement se terminant dans les premiers mois de la vie. De ce fait, les chercheurs en psychologie affirment que favoriser les échanges avec un enfant qui vient de naître est une pratique qui l’aide dans son futur développement social.

Cependant, cette affirmation n’a jamais été scientifiquement démontrée, en raison des questions éthiques que poserait une expérimentation sur l’Homme. Afin d’apporter une réponse à ces interrogations, des scientifiques américains publient le 14 juin dans la revue Nature Communications, une étude réalisée sur des bébés singes.

En observant des singes dans leur milieu naturel, des éthologues ont décelé un lien entre le nombre d’interactions qu’a une maman singe avec son nouveau-né et la sociabilité du nourrisson dans le groupe. Tout comme chez les êtres humains, multitudes d’échanges existent entre mère et nourrisson allant du toucher, aux regards, ou encore à la tonalité de la voix utilisée.

Mais qu’est ce qui, dans ces échanges, aide au développement social? Les chercheurs ont découvert que des interactions faciales comme des échanges de regards ou des mouvements de lèvres (lip-smacking) sont des pratiques primordiales au bon développement social du singe, alors que les portages le sont moins. Selon France Frascarolo, du centre d’étude de la famille au CHUV, «un parallèle avec les comportements humains peut être fait».

Carences sociales

Joëlle Darwiche, responsable du Family and development research center (FADO) de l’Université de Lausanne, explique que «cette réponse a été obtenue en séparant les jeunes singes âgés de zéro à neuf mois en trois groupes soumis à des traitements spécifiques de la part des soignants afin d’observer, quelques mois plus tard, les différences de comportements sociaux. Une telle méthode ne pourra probablement jamais être appliquée sur l’Homme».

France Frascarolo complète que «nous savons néanmoins que la période post-natale chez l’être humain est le moment d’un immense développement cérébral. Si ces interactions n’ont pas lieu, des carences sociales peuvent être observées par la suite».

L’étude semble donc montrer qu’un investissement dans le soutien à la parenté porte ses fruits sur le long terme mais «il ne faudrait pas croire que seules les mimiques faciales ont une importance, c’est une constellation de toutes les attitudes mises en place en grande partie de manière intuitive par les figures parentales qui aide au développement socio-émotionnel de l’enfant» commente Joëlle Darwiche.

Et d’ajouter que «la sophistication de la communication précoce est quelque chose d’extraordinaire qui cache encore de multiples secrets à étudier!»

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