Les édulcorants artificiels – dont font notamment partie l’aspartame, l’acesulfame-K et le sucralose – sont utilisés massivement par l’industrie agroalimentaire pour donner un «goût sucré» aux aliments et aux boissons, tout en réduisant la teneur en sucre ajouté et donc les calories correspondantes.

L’ajout de sucre dans les produits transformés est un enjeu majeur à cause de son implication dans plusieurs maladies chroniques sévères, cependant les édulcorants de synthèse ne sont pas forcément une alternative plus sûre. Leur innocuité est débattue avec des résultats pour l’instant contradictoires. Une nouvelle étude, publiée ce jeudi dans la revue PLOS Medicine, vient remettre de l’huile sur le feu. Les résultats indiquent une association entre la consommation d’édulcorants et un risque augmenté de cancers.

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Des chercheurs français ont analysé le lien entre alimentation et risque de cancer chez un groupe d’adultes appartenant à la cohorte française NutriNet-Santé, un grand groupe de sujets suivis sur internet dans le cadre d’une recherche épidémiologique sur la nutrition. Les scientifiques se sont appuyés sur les données déclarées des 102 865 participants volontaires sur la période d’observation entre 2009 et 2021.

Tous les six mois, chaque personne a envoyé par écrit et en image tout ce qui avait été consommé en 24 heures, pendant trois jours. Les sujets ont dû aussi remplir une série de questionnaires annuels sur l’évolution de leur santé (maladies et traitements, histoire médicale de la famille, taille, poids, consommation de drogues, activité physique, style de vie, données socioéconomiques).

Grâce aux photos et aux noms des marques des produits consommés, les chercheurs ont pu reconstituer la composition des aliments et donc l’exposition aux différents types d’édulcorants artificiels: acesulfame-K (E950), aspartame (E951), cyclamates (E952), saccharine (E954), sucralose (E955), thaumatine (E957), neohesperidine dihydrochalcone (E959), glycosides de steviol (E960) et sel d’aspartame-acesulfame (E962). Les édulcorants les plus consommés sont l’aspartame, l’acesulfame-K et le sucralose, les autres étant consommés chez moins de 3,5% des participants.

L’association entre l’incidence de cancer et la consommation d’édulcorants a été évaluée grâce à une analyse statistique ajustée pour toute une liste de facteurs dits «confondants» qui pourraient introduire un biais dans la lecture du résultat, comme l’âge, le sexe, l’activité physique, la consommation de tabac, etc. Au final, les chercheurs ont trouvé que, comparés aux non-consommateurs, ceux qui ingéraient le plus d’édulcorants – en particulier de l’aspartame et de l’acesulfame-K – avaient un risque augmenté de développer un cancer. L’aspartame est aussi associé à un risque augmenté de cancer du sein.

Résultats à valider par d’autres études

«Ces résultats ne soutiennent pas l’utilisation d’édulcorants en tant qu’alternatives sûres au sucre et fournissent de nouvelles informations pour répondre aux controverses sur leurs potentiels effets néfastes sur la santé, affirme dans un communiqué Mathilde Touvier, directrice de recherche à l’Inserm et coordinatrice de l’étude. Ils fournissent par ailleurs des données importantes pour leur réévaluation en cours par l’Autorité européenne de sécurité des aliments (EFSA) et d’autres agences de santé publique dans le monde.»

Si ces résultats viennent nourrir les connaissances sur l’impact des édulcorants sur la santé, ils ne permettent pas de clore définitivement le débat. «Ces résultats sont intéressants», commente Angèle Gayet-Ageron, professeure d’épidémiologie, médecin adjointe agrégée dans le service d’épidémiologie clinique des HUG. «L’association avec les cancers est faible mais persiste après ajustement sur d’importants facteurs de confusion. Cependant, cette étude ne permet pas de conclure à une relation causale entre le fait de consommer des édulcorants et le risque de cancer, et donc ne permet pas de donner des recommandations fermes quant à la proscription de consommation de ces produits comme alternatives aux sucres.»

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Plusieurs expériences réalisées in vitro sur des cellules et in vivo chez des rongeurs en laboratoire suggèrent que la consommation d’édulcorants, notamment l’aspartame, pourrait avoir un effet carcinogène. Mais des résultats divergents ont été rapportés dans la littérature scientifique. Plus de recherches semblent nécessaires pour consolider les connaissances sur l’impact des édulcorants sur la santé. Mais le projecteur est désormais braqué sur eux.