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Elon Musk: «Mon plan pour que tout le monde puisse aller sur Mars»

Une immense fusée de 10 500 tonnes: le fondateur de la société américaine SpaceX a présenté mardi soir, lors du Congrès astronautique international, son projet pour conquérir le système solaire

«Vraiment, je veux que tout le monde ici puisse aller sur Mars!», a-t-il lâché sous les applaudissements, ce 27 septembre! Peu avant, il venait d’être présenté à l’assemblée du Congrès astronautique international (IAC), à Mexico, par Jean-Yves Le Gall, président du Centre national français d’études spatiales (CNES) – rien de moins. Elon Musk, patron de la société SpaceX et du constructeur de voitures électriques Tesla, a été accueilli – avec une demi-heure de retard – comme un messie sous les applaudissements pour la présentation de son plan pour conquérir le système solaire. Un plan qui correspond dans les grandes lignes aux hypothèses qu’avaient émises jusque-là, sur la base des indices existants, les experts de l’aérospatial, tel le Français Richard Heidmann dansLe Temps.

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L’entrepreneur a commencé par rappeler l’enjeu: «Il y a deux possibilités: soit l’on reste sur terre, avec le risque de connaître un événement conduisant à l’extinction [de l’humanité]. Soit l’on devient une espèce multiplanétaire. Et j’espère que vous êtes d’accord que c’est la voie qu’il faut suivre.» Et l’homme de rappeler que la vie, sur Mars pourrait être amusante, avec une gravité valant environ un tiers de celle de la terre: de quoi sautiller de plaisir.

Actuellement, selon Elon Musk, le coût pour emmener une personne sur Mars est d’environ 10 milliards de dollars. «Evidemment, beaucoup de gens souhaiteraient faire ce voyage, mais très peu le peuvent. Il faut mieux rapprocher ces deux groupes», dit l’entrepreneur. Qui estime qu’avec un prix du billet avoisinant celui d’une maison moyenne américaine, soit de 200 000 dollars au maximum (et plutôt 140 000 dollars), il y aurait un petit nombre d’intéressés. «Mais cela ferait assez de voyageurs» pour réaliser l’objectif prévu: installer une colonie, voire une «ville», sur Mars.

Pour réaliser cet exploit, il s’agit de réduire massivement les coûts des lancements. Afin d’y parvenir, Elon Musk mise sur deux domaines principaux: premièrement, la réutilisabilité de l’étage principal de propulsion et, deuxièmement, le remplissage des réservoirs en orbite basse, avant le grand voyage. S’y ajoutent deux secteurs où d’autres fractions d’économies sont possibles: le choix du carburant et, quatrièmement, la production de carburant sur Mars.

Les fusées comme outils d’expérimentation

Concernant la réutilisabilité, les ingénieurs de SpaceX ne partent pas de rien: ils explorent déjà avec succès cette technologie avec les fusées de la firme, les Falcon-9, dont plusieurs sont revenues se poser sur terre sur leurs pieds, comme celle de Tintin. «L’idée est vraiment d’utiliser plusieurs fois le booster pour placer des navettes habitées en orbite (ce qui fait sens), en récupérant ce booster après l’avoir fait revenir sur terre», a-t-il expliqué.

Et concernant le remplissage des réservoirs des navettes en orbite: «Sans cela, le coût augmenterait d’un facteur 5 à 10», tant il faudrait acheminer leur carburant directement dans ces navettes, ce qui est très coûteux. Chaque kilo en plus à faire vaincre l’attraction terrestre augmente en effet drastiquement le montant du lancement. Autant donc lancer les navettes les réservoirs vides, et remplir ceux-ci en orbite. Selon Elon Musk, l’objectif est, avec ce système, d’avoir des vaisseaux spatiaux pesant 450 tonnes pour aller vers Mars.

Des lanceurs en fibres de carbone

Au sujet du carburant également, Elon Musk donne raison à ceux qui le voyaient utiliser non pas les habituels mélanges d’oxygène et hydrogène, ou d’oxygène et kérosène, mais une mixture d’oxygène et de méthane. Ceci «pour la raison que ces carburants peuvent être produits sur Mars, avec de larges panneaux solaires, à partir du CO2 contenu dans l’atmosphère et de l’eau glacée située dans le sous-sol de la planète rouge.» Ce qui règle, du coup, le quatrième défi.

Mais ce que tous les participants de l’IAC attendaient, et des millions d’internautes avec eux, étaient des précisions sur l’engin lui-même. Elon Musk ne les a pas déçus, dévoilant l’extérieur – une fusée un peu plus grande que les lanceurs Apollo dans les années 1960 – autant que l’intérieur de ce gigantesque véhicule de 10 500 tonnes, qui sera constitué en structures de fibres de carbone. Elon Musk: «Nous sommes arrivés seulement il y a peu au point où il est possible d’utiliser cette technologie», qui permet à nouveau de diminuer le poids total au décollage.

L’ingénieur en chef de SpaceX a aussi livré des précisions sur les futurs moteurs Raptors, chacun d’une poussée de 300 tonnes, dont il ne faudra pas moins que 42 exemplaires sous la fusée pour rendre possible l’entreprise. Les éléments principaux d’un prototype de ce moteur viennent d’ailleurs d’être testés avec succès.

La navette, elle, pourra emmener jusqu’à une centaine de personnes. Mais comment va-t-elle faire pour rentrer dans l’atmosphère martienne, beaucoup plus fine que celle de la terre, sans s’écraser? Elon Musk a présenté un mode d’entrée atmosphérique en latéral, de quoi permettre à la navette, avec ses ailerons de perdre assez de vitesse et de freiner pour éviter le pire. Concernant les premiers vols tests, ils devraient avoir lieu depuis le Kennedy Space Center.

Quid du financement d’un tel projet réellement hors norme? «En volant puis en revendant des sous-vêtements, voire par le financement participatif, et enfin en faisant du profit», a-t-il résumé en riant. Avant de retrouver son sérieux: «Nous ambitionnons d’accumuler assez de fonds avec nos lancements de satellites et nos vols de ravitaillement de la Station spatiale internationale», a-t-il rappelé, en remerciant chaleureusement la NASA de lui octroyer autant de milliards d’argent public pour les développements de son programme spatial privé.

D’ailleurs, Elon Musk ne cache pas qu’il envisage à terme ses projets de conquête spatiale dans un partenariat public-privé. «Je suis convaincu que les vols interplanétaires ne seront pas l’œuvre d’un seul homme, mais devront impliquer les agences spatiales», confiait lui aussi au «Temps» il y a quelques jours Daniel Neuenschwander, responsable des lanceurs spatiaux à l’Agence spatiale internationale (ESA). «Pour l’instant, nous avançons aussi vite que l’on peut avec les moyens que l’on a», s’est borné à ajouter Elon Musk.

Un agenda encore flou

Il s’agit aussi de comprendre là que l’agenda, pour les premiers vols, est à ce stade imaginé plus que fermement établi; Elon Musk avait précédemment annoncé que les premiers vers Mars auraient lieu en 2024. Par contre, le visionnaire a assuré qu’une fois que les lanceurs martiens seront à disposition, des vols auraient lieu tous les deux ans, soit à chaque fois que Mars se retrouve au plus proche de la terre, minimisant ainsi le temps de voyage. «Il faudra 40 à 100 ans pour établir une colonie complète sur Mars», a-t-il estimé, en éludant des points cruciaux, comme la réalité d’une (sur) vie quotidienne sur la planète rouge, ou le danger du voyage jusqu’à destination, en raison des radiations cosmiques que recevront les conquistadors du XXIe siècle.

Car pour Elon Musk, la planète rouge n’est que le commencement. A coup d’images de synthèse, montrant ses navettes équipées de gigantesques panneaux solaires triangulaires, il a brièvement expliqué comment il souhaitait conquérir le système solaire.

Avec une étape toute indiquée: aller se poser sur Europe, l’une des lunes de Jupiter, où la NASA, justement, a annoncé lundi soir avoir trouvé ce qui ressemble à d’immenses geysers d’eau! Et l’entrepreneur américain de conclure: «Des questions?»

Dossier
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