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Instantané pris à Lausanne, 2 juin 2018.
© Dom Smaz pour Le Temps

environnement

Emballages: «Il n’existe pas encore de matière miracle»

Tandis que la pollution plastique explose, les produits en vente dans nos étalages sont souvent suremballés. Le mouvement Plastic Attack qui a eu lieu en Suisse le 2 juin, en a fait son cheval de bataille. Une nouvelle discipline, l’éco-conception, remet en question le bien-fondé des emballages

De la barquette en plastique contenant nos tomates en passant par les briques de lait, en un rien de temps, nos poubelles sont remplies d’emballages. Depuis 1950, 8300 millions de tonnes de plastique ont été produites à cette fin dans le monde, dont seulement 7% ont été recyclées. En Suisse, les emballages représentent 50% du volume des poubelles et 30% de leur poids. De quoi faire réfléchir sur le bien-fondé de ces différentes enveloppes protectrices.

Face à cette problématique, un nouveau domaine se développe: l’éco-conception. Le défi consiste à prévoir l’emballage le plus responsable possible, au cas par cas. Matières, bilan CO2 et énergie grise, tout est calculé afin de trouver le bon compromis entre environnement et réalités de vente. Le Temps a rencontré Julien Boucher, chercheur à la HEIG-VD et fondateur du Pôle éco-conception suisse, qui intervenait récemment dans une conférence organisée par la Coopérative romande de sensibilisation à la gestion des déchets (Cosedec).

Le Temps: Comment déterminer le choix du meilleur emballage en prenant en compte l’environnement?

Julien Boucher: Avec le risque de surprendre, il n’existe actuellement pas de matière miracle, valable partout et en tout temps. Lors d’une étude d’éco-conception, nous analysons tout le cycle de vie du produit et de son emballage. Le choix du verre, du plastique ou du carton dépend donc de nombreux facteurs liés à la production, tels que le respect de la chaîne du froid, la gestion locale des déchets occasionnés, ainsi que divers facteurs économiques.

Par exemple, si l’on remplaçait toutes les bouteilles en plastique par du verre, le bilan CO2 d’une bouteille exploserait, car un contenant plus lourd demande au camion, au cargo ou à l’avion le transportant de consommer plus de carburant. Finalement, l’attitude des consommateurs est capitale. Sachant qu’une bouteille en plastique pèse environ 32 grammes, si tout le monde décidait d’en utiliser une de moins aujourd’hui, le gain serait de plus de 220 000 tonnes de matière. Nous sommes sept milliards d’individus à créer le problème, mais aussi à pouvoir agir!

Pourquoi ne pas tout simplement abolir les emballages?

Bien que la collectivité ait tendance à considérer les emballages uniquement comme des déchets, ils ont une utilité. C’est ce que nous appelons le «paradoxe de l’emballage». Dans le cas des aliments, ils permettent une meilleure conservation des produits, minimisent la perte alimentaire et servent au respect des normes d’hygiène. La vente en vrac est à valoriser, mais elle ne peut répondre à tous les cas de figure, ni à tous les types de produits.

Concernant le plastique, tout le challenge est de l’utiliser uniquement quand il est réellement nécessaire. En ce sens, le plastique à usage unique ou en quantité disproportionnée doit être fortement réduit, voire banni. Autrement dit, il faut proscrire le suremballage, mais pas l’emballage. In fine, l’important est de stopper la fuite des déchets dans l’environnement. Un effort continu d’éducation à une consommation raisonnée et à une bonne gestion des déchets doit être fait.

A Lausanne, vous avez engagé une démarche d’éco-conception sur les bières de la Brasserie Dr Gab’s. Quelles en sont les conclusions?

En 2001, la Brasserie Dr Gab’s a commencé son commerce en souhaitant vendre des bières aux petits revendeurs locaux. Sensibles à l’environnement, ses fondateurs avaient fait le choix de privilégier des bouteilles consignées, lavables et réutilisables, faites de verre brun passablement épais, et donc lourdes. Aujourd’hui, les bières sont distribuées en grande surface et les gérants ont souhaité savoir si ce choix était toujours adapté. Après un écobilan, nous avons pu déterminer que oui. Par contre, des améliorations pouvaient être faites, comme le développement d’une bouteille à usages multiples allégée. De plus, un travail sur les cartons de regroupement a également été fait, afin d’imaginer une fermeture par pliage permettant de supprimer intégralement la colle utilisée jusqu’alors.

L’analyse méthodique des emballages et leur amélioration serait donc la solution?

Oui, l’éco-conception consiste à intégrer les filières de gestion de déchets à la base de la réflexion de création d’un emballage ou d’un produit. Une démarche fondée sur le souhait de concevoir un cercle vertueux abolissant la création de déchets. Pour aller plus loin, la commercialisation de produits devrait être autorisée uniquement si des filières de recyclage locales existent. Mais je suis optimiste et convaincu que d’ici à cinq ans, tout produit commercialisé en Suisse aura l’obligation d’intégrer une réflexion d’éco-conception.

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