C’est Greenpeace qui nous a contactés. Si l’ONG a invité Le Temps à assister en exclusivité aux prélèvements d’eau effectués dans le Rhin pour analyser la présence de plastique, c’est certainement parce que nous sommes l’un des seuls médias de Suisse romande à avoir une rubrique scientifique. De plus, l’environnement était l’une des causes défendues par Le Temps pour ses 20 ans, et notre journaliste Fabien Goubet a réalisé un long format sur la pollution par le plastique. Comme il est rare qu’un de ses bateaux vienne en Suisse, avec à son bord un scientifique reconnu dans le monde entier pour ses travaux sur le plastique, nous avons saisi cette opportunité.

Lire notre récit: Le Rhin, ce long fleuve plastique

Un voyage parsemé d’imprévus

Le réveil a retenti à 4 heures ce jeudi. Je retrouve le photographe à la gare de Lausanne. Il nous faut changer de train à Berne, puis à Bâle, pour arriver à Strasbourg à 9h41 – les billets ont été pris par la rédaction. Sur la route, je relis des articles sur Erik Zettler, le microbiologiste dépêché par l’ONG, j’épluche des études scientifiques réalisées en 2015 et je prépare mes interviews. C’est dans le dernier train que nous rencontrons la chargée de communication de Greenpeace. Une fois sur place, elle appelle le capitaine pour connaître la position exacte du bateau afin que nous les rejoignions – les frais de taxi ont été réglés par l’ONG. Ce n’est qu’une fois les pieds posés à bord que le reportage peut enfin commencer.

Pour Eddy Mottaz, photographe pour Le Temps depuis 1998, ce reportage restera unique, car «toutes les difficultés se sont cumulées et il a fallu composer avec elles. Rien n’était défini à l’avance, on ne savait pas où monter ni à quelle heure. Les conditions météo n’étaient pas idéales pour les photos, entre le brouillard le matin, puis le froid et la pluie. L’agencement du bateau, qui est étroit, ne facilitait pas les prises de vues. Il n’y avait pas 36 angles possibles et comme tu filmais également, tu te retrouvais parfois dans le champ.»

Comme l’équipage ne faisait qu’un prélèvement par jour, il ne fallait pas le rater. De mon côté, j’alternais entre les vidéos et la prise de notes. Les échantillons sont ensuite triés pendant six heures, moment durant lequel les scientifiques ne peuvent pas répondre à mes questions. Nous nous serrons les coudes dans le salon-salle à manger-laboratoire. Et c’est installée sur cette table que j’entame la rédaction de mon article.

Regarder notre vidéo: A bord du Beluga, la traque aux micropolluants

La course à la connexion internet

Les nombreux arrêts dans les écluses et l’absence d’habitations au bord du Rhin font qu’il est très difficile de se connecter à internet. Sur le pont, j’essaie de capter au moins une barre de réseau sur mon téléphone pour envoyer mes rushs au service vidéo – Ils les recevront sept heures plus tard. Mais pour envoyer ses photos de bonne qualité, Eddy Mottaz a besoin de plus de débit. A la dernière minute, la porte-parole de Greenpeace nous fait monter sur un autre bateau pour la nuit, qui a une meilleure connexion. Le photographe réussit à envoyer ses clichés. «Tant mieux, car nous sommes finalement arrivés à Bâle à 19h et cela aurait été impossible», se réjouit-il.

Le lendemain matin, le Beluga II est immobilisé à cause du brouillard. C’est à la table d’un McDonald’s que je poursuis l’écriture de mon récit. Quand le capitaine nous appelle, nous grimpons dans un taxi direction la centrale nucléaire de Fessenheim et montons à bord du bateau. A proximité de Bâle, la mécanique du prélèvement se remet en place. Après quoi, je finalise mon papier dans la salle commune. La porte-parole insiste pour relire mon article, ce que je refuse, mais lui permets de relire ses citations. Elle reviendra vers moi, mais l’urgence est d’envoyer mon texte. Le réseau est inexistant et le wi-fi du bateau n’émet plus, car le forfait ne fonctionne que dans l’Union européenne. Ce n’est qu’une fois à quai que j’arriverai finalement à envoyer mon texte, dans le corps d’un mail.