Comme on pouvait s’y attendre, l’effet de la pandémie de Covid-19 sur les émissions de gaz à effet de serre aura été anecdotique. L’Agence internationale de l’énergie (AIE) a publié ses estimations pour 2021: les émissions de CO2 du seul secteur de l’énergie ont grimpé de 2 milliards de tonnes en un an (2 Gt), après une baisse de 1,9 Gt en 2020. L’an dernier, les activités humaines ont rejeté 36,3 gigatonnes de CO2 dans atmosphère, un niveau inédit. En tenant compte des autres gaz à effet de serre (méthane, protoxyde d’azote, etc.), les émissions du secteur de l’énergie ont atteint 40,8 Gt.

Une phrase du rapport publié aujourd’hui résume à quel point le monde n’est pas sur la bonne trajectoire pour répondre aux engagements de l’Accord de Paris, en 2015: «Les progrès liés, l’an dernier, à l’essor des ventes de voitures électriques ont été effacés à cause de l’augmentation parallèle des ventes de SUV.» Le reste est à l’avenant.

Lire aussi: Le nouveau cri d’alarme des scientifiques du climat

En 2020, la demande mondiale en énergie avait pourtant baissé de 5,1%, entraînant une réduction à peu près équivalente des émissions de CO2. Mais le rebond économique l’an dernier a engendré un recours accru au charbon, en dépit d’une croissance annuelle record des énergies renouvelables. Le charbon représente à lui seul 40% de la hausse des émissions de CO2 l’an dernier, selon le rapport publié par l’agence ce mardi. Et ce, malgré l’exception chinoise, qui a réduit sa consommation de charbon pour la seconde année consécutive. A noter que la demande d’électricité en Chine a tout de même fait un bond de 10% l’an dernier, l’équivalent de la demande de… l’ensemble des pays africains.

Les émissions liées à la combustion de gaz naturel ont elles aussi dépassé, en 2021, le niveau pré-épidémique. Seul le pétrole n’a pas retrouvé son niveau antérieur, notamment en raison de la lente reprise du fret et du trafic aérien.

Parmi les causes du recours accru au charbon, l’AIE pointe les cours élevés du gaz naturel, qui ont contraint certains opérateurs à solliciter plus fréquemment ce combustible solide. «Le coût d’opération des centrales à charbon aux Etats-Unis et dans beaucoup de pays européens était considérablement plus bas que celui des centrales à gaz pendant une large partie de l’année 2021», souligne le rapport. Seule bonne nouvelle relevée par l’AIE: les énergies renouvelables et le nucléaire ont produit l’an dernier, ensemble, plus d’électricité que le charbon, grâce à leur croissance significative. Sans cela, le bilan 2021 aurait été encore plus mauvais.

«Tout comme en 2010, la reprise économique l’an dernier n’a pas suivi le scénario durable prôné par Fatih Birol, le directeur exécutif de l’AIE, au début de l’épidémie de covid il y a deux ans», souligne le rapport. Un scénario dont la Chine semble particulièrement éloignée. Le pays rejette désormais 8,4 tonnes de CO2 par habitant et par an, contre 8,2 tonnes pour la moyenne des pays industrialisés, 14 tonnes aux Etats-Unis et 6 tonnes en Europe. Des chiffres à nuancer cependant car ces pays et régions importent beaucoup de biens de Chine, sans que le CO2 associé leur soit imputé.

Lire aussi: Il est temps d’écouter les experts du climat